Tu supposes un coin d’herbe

Avant-hier je suis allé au théâtre, ce qui franchement m’arrive assez rarement, sauf quand c’est pour aller voir des pièces de Lumière d’Août, pote et talent obligent.
Ca s’appelle “Tu supposes un coin d’herbe” et c’est au Théâtre de la Bastille. Je n’ai pas grand chose à dire, si ce n’est que c’est le genre d’oeuvre qu’il est bon de fréquenter. Parce qu’elle parle une langue simple et presque familière, tout en fourmillant de détails inattendus. Parce que tout en elle d’une manière ou d’une autre communique. Non pas parce qu’il y a du message, mais parce que les mots s’y échangent et se transmettent. De la scène aux vidéos, les voix s’interpellent et se répondent comme si finalement les notions de lieu, d’instance physique et de représentation ne comptaient plus, pas plus en tout cas que cette conversation livrée d’un seul tenant et flottant presque en apesanteur. Tout cela ne vous dit rien, j’en ai peur.
Me reviennent dans la tête deux mots clés de la pièce. “Hypothèse” et “consentement”. Faire l’hypothèse de différentes vies, de différents états sociaux (ou persona), interpréter des symptômes de fatigue à l’aune d’interprétations plausibles mais toujours hypothétiques. C’est un peu le premier temps de cette pièce pour moi. Le second étant le consentement. Un homme revient à un moment dans une vidéo de la pièce sur ces lesbiennes sado-maso qui, dans les années 80 je crois, sévissaient à New York et San Francisco. Cette communauté exprimait pour certains la réduction de la femme au statut d’homme, à sa posture archétypique de dominant. Ces lesbiennes ne faisaient que répéter des schémas de domination préétablis et de cette manière les entretenaient. Les intéressées répondaient à ça qu’elles ne faisaient qu’exercer leur consentement, en changeant les rôles et en testant leurs limites. Leur consentement ne pouvait être que ponctuel et conditionnel, mais il permettait de vérifier et de renouveler leur capacité à disposer librement de leur être. Ce consentement était en un sens l’expression directe de leur liberté.
Dire “je suppose un coin d’herbe”, n’a pas le même sens que “je consens un coin d’herbe”. Car dis comme ça, c’est un coin d’herbe qu’on me ôte. Le consentement est retranchement de soi à soi. L’exact opposé de l’hypothèse qui prolonge le sujet. Ces deux mots recouvriraient donc deux états de l’être, deux choix de vie pour tout dire. Ca n’est pas “donner ou prendre”, mais “s’adonner ou prendre sur soi”.
Ceci dit il est bien tard pour parler de ça, et ces lignes n’ont peut-être guère de sens. Au mieux indiquent-elles une direction. Dans tous les cas, je pense tenir dans cet exemple et la notion de consentement l’explication de la fatigue dont parle l’auteur du début à la fin. Prendre sur soi, c’est retrancher quelque chose à soi-même. Et bizarrement ensemble on retranche, parce qu’on a pas choisi d’être ensemble, pas comme ça, avec ces règles, cette histoire, ces plans consentis pour nous.

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