Retour sur l’anti-slapping
Merci beaucoup cher Rosario pour ce commentaire trés détaillé ! Cela me fait plaisir, je constate que ce blog tient son rôle qui est d’initier des conversations davantage encore qu’exposer des idées. Et en matière de conversation, j’ai l’impression que nous sommes bien partis. Content de voir que tous les arguments que tu avances complétent utilement ce que je disais précédemment. Nous avons donc à présent une vision plus fine et sans doute plus juste à la fois des enjeux et des possibilités de cette initiative anti-slapping.
Alors, point par point :
Pourquoi l’acte d’offrir une fleur, par exemple, doit être moins attirant à se regarder (dans le cas présent, sur l’écran d’un téléphone portable) que celui de donner une gifle ?Pourquoi finalement y a-t-il un voyeurisme de la violence (à n’importe quel niveau) et pas un voyeurisme de la non-violence ?Pourquoi les médias nous parlent pour la plupart du temps que des news liées à des actes de violence, de destruction, de manque de respect de l’homme et de la culture ?Et si (hypothèse) on récolte un nombre de films anti-slapping beaucoup plus important qu’il n’existe de films happy-slapping, et que l’anti-slapping se diffuse largement parmi les gens, est-ce qu’il y aura un écho dans les médias?Réaliser des films anti-slapping m’oblige à voir combien il est difficile d’accomplir des actions aussi simples et cela même si j’ai envie de le faire, pour aider et respecter les autres autour de moi, surtout dans les grandes métropoles. Pourquoi cette difficulté ?
Ces questions sont en effet trés intéressantes et questionnent notamment les ressorts du voyeurisme. Tout ceci requiert de penser l’acte en profondeur, et surtout sa mise en scène. Pour ce qui est de la presse, tu as en partie raison, car d’un autre côté les journalistes sont aussi si ce n’est plus sensibles que les spectateurs à une bonne mise en scène.
l’idée de réaliser des petits films sur téléphones portables, de les récolter, de les exposer, de les monter bout à bout, je trouve que c’est faire œuvre. Finalement le fait de réaliser une œuvre n’est pas en soi en contradiction avec le fait d’être sincèrement gentil. Pourquoi séparer une action artistique d’une action de respect humain ? Moi, en tant qu’artiste, avec ma spécificité, ne puis-je pas respecter les autres, et apprendre à le faire mieux, à travers mon travail ?
Ce que j’aime avec les films de poche c’est qu’ils sont jeunes et qu’ils tolèrent encore mal les étiquettes. Oeuvres ou pas donc, le plus intéressant reste la part d’invention qu’ils appellent. La vidéo est ensuite définie par le regard du spectateur, seul vrai juge de ce qu’il regarde. Aprés, il est vrai qu’il existe un art éthique - comme l’indique le premier commentaire du post - dans le prolongement duquel s’inscrit cette initiative. Mais elle ne doit pas je pense s’y limiter et n’être qu’une marque plus ou moins appuyée de la nécessité de se respecter.
Je ne sais pas si le flyer est suffisant. Quitte à parier sur la viralité des vidéos, autant constituer également avec ton site une base de données et diffuser les films par le biais d’une mailing list. Le flyer sera moins inspirant qu’une bonne vidéo. La viralité est spontanée, tandis que le protocole indique une recommandation. Si tu prends l’exact contre pied du happy slapping, alors le ressort de l’action doit être également celui du plaisir. C’est dire que l’acte ne procède pas nécessairement d’une démarche respectueuse, mais de belles effusions, d’envie, d’humour et de désirs. Pas expliquer mais (dé)montrer et inspirer.
Quant à la blague : “Supposons que tu reçoives une baffe : même si tu le perçois comme une blague, tu auras à mon avis mal de la même façon… A expérimenter alors de substituer à la « baffe », une fleur (ou autre dans le domaine de l’amour !) et substituer au « mal » le « bien »…”
Tu as raison, le happy-slapping est une blague, pourquoi l’anti-slapping ne le serait-il pas également ? C’est sur cette tension que les vidéos pourront travailler, sur l’ambiguïté du geste et ses conséquences.

Le 29/11/2006 à 16:07
[…] Ensuite d’un point de vue plus analytique, il est clair que ces vidéos indiquent un vrai courant documentaire au sein des films de poche. Documentaire militant mais aussi - dans la forme - faux-documentaire. On peut ainsi redessiner la carte théorique des films de poche avec d’une part la capture des faits et le contrôle par les images, de l’autre la production des faits (avec notamment le Happy Slapping et sur l’anti-slapping) et l’effraction par les images, que cette effraction soit d’ordre légal ou simplement artistique, auquel cas l’artiste s’insinue par effraction dans la réalité qu’il modifie. […]