Retour dans le château de hasard

Il y a quelque jours lors de la projection de Nocturnes pour le roi de Rome à la FEMIS, Jean-Charles Fitoussi revenait sur sa méthode de travail.

Se comparant à une sorte de cuisinier contraint de préparer un repas avec les seuls ingrédients disponibles dans son frigo, Jean-Charles Fitoussi explique n’avoir pour ce film rien préparé, et l’avoir conçu dans la plus grande improvisation. Ce mode de production est caractéristique de l’ensemble de son oeuvre. Dans la château de hasard, il y a la vie peuplée de hasards, la vie qui à travers eux fait oeuvre.

Je crois, pour les films de poche, à la pertience d’une méthode dans le cadre de laquelle le film se pense aprés coup, advient davantage qu’il ne se pense ou se conçoit. Le film de poche serait en quelque sorte un patron, une esquisse des temps modernes qui s’inscrit au croisement de l’événement (le hasard), de l’intuition (ou idée) et du geste.

Il ne serait plus nécéssaire d’imaginer une écriture, une structure narrative. Des images s’accumulent, qu’il est possible de faire résonner ensemble, en rapport avec d’autres images, d’autres sons empreintés ailleurs. Il s’agit là d’un travail totalement plastique, puisqu’on ne trouve dans le frigo que des aliments crus et non traités. Le cinematographe est autant une écriture qu’un art plastique.

Tout cela me rappelle un peu les méthodes de travail d’Arnaud Des Pallières avec Martin Wheeler, ce qu’il dit sur son rapport schizophrène au montage, sur la manière dont il mélange les sons. Même rapport à la matière, même jouissance dans l’acte de recréer, de refondre un ensemble de formes brutes dans une oeuvre économe et non moins brutale (d’autres diront lyrique).

C’est ça l’enjeu, la brutalité. Je sais bien que Jean-Charles Fitoussi, en m’entendant parler de Grandrieux (Sombre) à propos de la surimpression de motifs de destruction et de désir, est resté pour le moins sceptique. Mais l’enjeu dans Nocturnes comme dans Sombre, c’est toujours le raccourci, l’accès le plus immédiat, et donc quelque part violent, au corps de l’image, à son corps mis à vif.

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