Quelques leçons du festival des 4 écrans

Courageux ce premier festival, initié par quelqu’un qui n’a plus rien à prouver et qui pourtant s’aventure dans de nouvelles contrées.

Hasardeux aussi, tant les pistes sont indéfinies et traversent des contrées aussi différentes que celles de l’économie, du journalisme et du cinéma.

Comment dans ce cas faire en sorte que les discours communiquent entre eux, si les références mais également les valeurs sont différentes. Si chacun à sa petite idée sur le sujet, ou pire n’en a aucune et avance à vue, sans prendre la peine de remettre en cause les valeurs qu’il défend ou les mots qu’il utilise ?

Je le dis sans provocation, mais en sachant bien que cela dérangera. Il faut tirer de ce festival 2 leçons : la nécéssité d’annuler la distinction entre journaliste et amateur d’une part, et entre documentaire et fiction de l’autre.

Ces idées viennent du cinéma, qui est bien plus sage et finalement lucide sur ces questions. Parce qu’il respecte et aime surtout ce qui est filmé au point de ne pas faire la différence entre le vrai et le faux. Parce que pour lui le monde est un et indivisible. Parce qu’il est le point ultime de la mimésis, qu’il dépasse.

Et il serait bien temps qu’à la faveur des nouvelles images, la réflexion les entournant - fût-elle intiée par la télévision - prenne acte de cela et se replonge dans la littérature contemporaine. On y trouve en effet, de Debord à Baudrillard, des idées éclairantes pour penser les médias et leurs nouvelles images. La notion de simulacre notamment permet de dépasser sur un autre terrain les termes et les idées échangées durant le festival.

Simulacre. Du latin simulacrum « statue, fantôme, représentation mnémotechnique des objets, portrait moral »

1. (Lucrèce). Émanation des réalités matérielles saisies par la vision. Image dégagée en permanence par la pellicule superficielle des corps parfois si ténue que seule l’imagination ou la pensée peut les saisir. Assemblage d’atomes s’échappant des objets qui viennent frapper nos organes sensibles, ou qui, en leur échappant par leur légèreté, se combinent dans nos rêves.

2. Représentation d’une personne, d’une chose en tant qu’elle n’est qu’une représentation pas la chose elle-même.

3. Imitation trompeuse donnée pour la chose même.

4.Apparence qui n’a pas les propriétés d’une réalité.

5.Image matérielle d’une divinité. Idole.

6. (Couramment). Faux-semblant, caricature, parodie, comédie dans l’intention de tromper. Simulacre de justice.

Nous n’avons vu au cours de ce festival, que des “imitations trompeuses données pour la chose même”. Mais notre quotidien est fait de ces imitations, qui le saturent de part en part. Au réel se substitue le jeu des simulacres, tel que Baudrillard l’entend.
Dans ce contexte, le journaliste doit se poser une question simple. Que peuvent les nouvelles images ? Doivent-elles ajouter au bruit ambiant, et se contenter de produire des images qui prétendent construire le réel. Ou plutôt envisager d’autres pistes, en reconnaissant que l’approche journalistique du réel est trop fragile pour ne pas être questionnée et révolutionnée.

Alors on se demandera si le journalisme a bien encore lieu d’être, et si l’on ne ferait pas mieux finalement de passer à d’autres mots, à d’autres formes, à une autre éthique enfin, plus rigoureuse et plus honnête.

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