Monkeyvision : les singes ont de l’avenir
Le nouveau Wired est tout frais tout chaud, et réserve ce mois-ci quelques beaux articles. En couv’, la jolie frimousse de Lonelygirl15, qui sous ses airs enfantins cache décidément bien son jeu. Au sommaire, un article de fond sur YouTube et une mise au point avec les inventeurs de Lonelygirl15. De nouveaux termes pour tenter de mieux cerner les évolutions à venir de la vidéo online, et deux ou trois recettes pour inventer les hits de demain.
On commence par “Monkeyvision”. Le mot a de quoi faire sourire, mais il rend bien compte du côté à la fois florissant et saugrenu des vidéos uploadées sur YouTube. Il n’en demeure pas moins que le terme est opaque. Bob Garfield - l’auteur de l’article - ne manque d’ailleurs pas d’accompagner celui-ci d’une suite d’exemples, qu’il a la bonne idée d’illustrer à l’aide d’une chaîne conçue à cet effet. 6 vidéos y sont présentées, drôles, grotesques, mignonnes, bref il y en a pour tous les gouts. Monkeyvision permet de mieux saisir l’aspect inachevé, inattendu, farfelu et parfois génial du user generated content.
La question est ensuite de savoir qui est le “monkey” dans l’histoire. Ceux qui postent ou ceux qui regardent ? Mauvaise question, car dans l’histoire ce qui compte ce sont les chiffres aprés tout. Et les chiffres disent que nous sommes tous des singes, que ceux qui postent et ceux qui regardent sont les mêmes, qu’ils se parlent en échangeant des mots mais aussi des vidéos. Monkeyvision est donc avant tout une affaire de communauté.
Le problème du singe, c’est qu’il est segmentant. Enfin, c’est ce que se disent les annonceurs, qui pensent encore en terme de masses. Bon, la segmentation n’est pas un risque. On va créer un groupe “cute cat” et un autre “speed car”, laisser les membre classer les vidéos, et placer des pubs ciblées.
…Oui, mais segmentant, segmentant, genre vraiment limite parfois, un peu trash et hors norme. Monkeyvision réserve des surprises et pas forcément toujours les bonnes. Bien sûr il y a des risques, l’annonceur peut acheter des mots clés (”cat” encore) et se retrouver accolé à la vidéo d’un goth dégustant un cadavre de chat (véridique !). Bref, voilà pour Monkeyvision : le règne des singes se profile, et ses termes peu à peu se précisent.

Passons à Lonelygirl, qui commençait à s’ennuyer. Les deux petits prodigies ne sont pas peu fiers de parader dans Wired, et ils le méritent bien. Miles Beckett le dit et le répète à qui veut bien l’entendre :
It’s a new medium. It requires new storytelling techniques. (…) What’s needed, he says, is content that’s built specifically for the Web. It doesn’t need to be lit like a film – that would make it feel less real. The camera work should be simple. There shouldn’t be a disembodied third-person camera – a character is always filming the action.
Bon, on la fait courte et on essaye de regarder la chose de plus prés :
1/ Keep it short. (ou “snack-sized content“).
You make movies for the big screen, sitcoms for TV, and something else entirely for the Internet. That’s the lesson of Lonelygirl15.
Les vidéos elles-mêmes sont constituées de morceaux choisis, à la manière d’un best of, ce qui permet de rompre l’impression de durée et de multiplier les impressions. Il y a du coup un côté zapping…
2/ …mais un zapping sur une même figure, qui s’envisage comme un paysage à multiples facettes. Tout le monde y trouve son compte : Bree à une gueule de cartoon, de teenage, d’extra-terrestre, de ce que vous voulez. Personne ne pense la même chose, et c’est ça qui plait à tout le monde. Raconter une histoire, c’est comme partager un mythe : sa puissance réside dans sa capacité à nous faire imaginer, à nous faire voir ce qu’on veut y voir. 2/ Gueule > mythe
3/ Realité/fiction : la distinction n’est plus opérante, le fait que tout le monde apprenne que Bree s’appelait en fait Rose n’a rien changé, du moins en terme de trafic. Dans “Storytelling” il y a “story”. Aprés qu’elle soit vraie ou fausse, what’s the hell, comme ils disent.
4/ Evidemment, il y a l’écriture. Là il faut être malin, et regarder du côté des séries. Ces monkeys savent bien où aller chercher l’inspiration, du moins lorsqu’il s’agit de distiller dans la narration quelques tricks, coups et rebondissements. Et là il n’y a pas photo. La première vidéo à atteindre les 500 000 l’a fait grâce à un trick : “my parents suck” (sic !).
5/ Je ne sais pas encore. L’étude des singes est un exercice long et fastidieux.
++Podcast bonus de l’entretien (Wired)++
J’en profite pour signaler un nouveau venu : ça s’appelle NewTeeVee, et c’est un blog Giga OM (qui commence à faire pas mal de petits).

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