films de poche : éloge de la caméra-crayon
L’usage fait des mobiles-caméra, et notamment du Nokia 6630 rappelle étonnamment l’arrivée de la vidéo dans les années 80. Dans ce contexte l’invention est tout à la fois économique et artistique : produits pour rien, les films de poche bénéficient par ailleurs de la mobilité et de la facilité d’emploi des nouveaux mobiles. Cette heureuse convergence de facteurs économiques et artistiques favorables évoque évidemment la Nouvelle Vague.
Seulement avec le mobile, la caméra-crayon se substitue progressivement à la caméra-stylo : l’image floue et pixellisée vaut comme une capture crue et à peine dégrossie du réel. Si bien qu’on est forcé de composer avec ces conditions techniques, et de parier sur cette image impressionniste qui dissmule autant qu’elle révèle.
Tout cela Jean-Charles Fitoussi l’a bien compris, qui dans son long-métrage (Nocturnes pour le Roi de Rome) part du constat que cette image implique un “manque à voir”. L’intrigue est ainsi conçue presque en négatif, à partir de l’image du film, de ses qualités mais également de ses limites. Nocturnes…est le premier long film de poche. Mais s’il mérite un éloge, c’est moins pour cette premiére place, que pour l’ambition dont il témoigne, et l’intelligence avec laquelle il sait à la fois se projetter dans l’avenir et retourner aux premiers temps du cinématographe à travers un hommage au burlesque. Au-delà du manque à voir et à entendre, il y a quelque part la lumière, le réenchantement.

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