Deux sens du pocketfilm
Un article intéressant est paru il y a quelques jours dans ParisArt. Dans le texte qu’André Rouillé écrit à propos du festival Pocketfilms, il dit ceci :
Du majeur au mineur, le cinéma cesse ainsi d’être représentatif pour tendre vers ses extrêmes ou ses limites. On passe d’un usage représentatif à un usage intensif du cinéma. Exprimer une sensation, capter un instant fugitif, traduire une intimité, saisir une humeur, signifier une proximité, etc., seule peut le faire une caméra qui colle au corps, qui l’habite et le prolonge, qui vibre avec lui.
L’idée d’un cinéma intensif ou vertical est éclairante, dans la mesure où elle pointe certaines caractéristiques des films de poches les plus beaux : tentation de rentrer dans ce qui est vu et d’en décrire les moindres contours au point de sombrer parfois dans l’abstraction, envie de confessions, de paroles dites ou écrites, c’est le cinéma mineur le plus attachant mais aussi celui qui atteste de la plus grande justesse et d’une certaine intelligence dans l’usage qu’il fait du téléphone.
Ailleurs oeuvrent les naïfs et les joueurs, qui privilégient la joke. Rien de mal à cela. Mais en choisissant de verser dans le pur exercice de style, ils font - sans s’en apercevoir peut-être - l’exact contraire de ce cinéma intensif. Ils cèdent aux facilités d’un cinéma de diversion, qui écarte de ce qui est vu et distrait. Un cinéma distrait : séparé, retranché d’un tout. Séparé du sens et des formes qu’il prétend découvrir. Insignifiant. Un cinéma qui n’en est plus un, qui verse dans le programme de flux, l’objet à digérer, au risque de l’indigestion.

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