De retour du concert Ali-Fib
Un peu fatigué c’est vrai, aprés avoir enchaîné pas moins de 6 groupes et un performeur. Mais content d’avoir fait de belles découvertes, notamment Black forest black sea - assez touchant sur scène avec leur musique délicate et aérienne, et Magic markers dont la performance fut magistrale.
Mettre un mauvais groupe avant un trés bon a parfois du bon. Si on prend par exemple Antilles et Magic markers, on se dit que quelque part, c’est un peu un groupe de quincaillers contre une couple de cuisiniers, des touche-à-tout bruitistes contre des orfèvres subtils, des producteurs de mélasse contre des sculpteurs de bronze. Que quelque parts, quelque choses séparent ceux qui savent ce qu’ils font, de ceux qui l’ignorent. Et pour être plus précis :
L’un dans son travail fait ça :
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Il essaye tout, se disperse, ajoute les instruments les uns aux autres, se contentant comme ça d’additionner les sons ou de les entrechoquer plutôt. Tout ça paraît un peu brouillon évidemment, et on peut difficilement dire qu’il s’en dégage une impression de finesse. Cela pourrait être sauvage, électrique, foudroyant. Mais non. Cela n’a pas de corps, car la forme est dispersée et grégaire.
L’autre fait ça :
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Il opte pour des outils dont il explore le potentiel selon différents moyens. Il les met à l’épreuve, en en tirant des sons qu’il informe par la même occasion au moyen du rythme. Il crée ainsi des blocs bien compacts, qu’il découpe à la hache. C’est un travail de détail, qui requiert une belle précision. D’autant que là dedans, l’essentiel vient dans le contre-temps, dans le geste à rebours. Et là Magic Markers, comme Black forest black sea sont au rendez-vous. BFBS par exemple en stoppant d’un coup la musique pour laisser affleurer la voix, Magic Markers en offrant en contrepoint de la course en avant de la batterie, des riffs au ralenti, profonds et graves.
Et puis il y a Phil, l’autre petite suprise d’Ali_Fib :
Phil Minton on Vimeo
Voilà, cette musique défendue et promue par Ali-Fib, c’est pour moi une musique organique, un peu au sens americain du terme, libre et verte, qui fait avec ce qu’elle a, travaille une matière et résonne dans le corps.
Les films de poche s’inscrivent dans cette veine du DIY et revendiquent une pratique simple, intègre et directe de la vidéo pauvre. Je pourrais dire aussi Arte povera ou autre chose, mais l’idée reste là même, c’est celle de la parole nue, une parole presque sans mots, suffisamment simple et concrète pour être entendue sans rien autour. Ah, toujours ce mythe de la transparence ! Mais ces concerts Ali_Fib ont un je-ne-sais-quoi de rousseauiste ; )

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