De retour de Cannes
2 ou 3 choses à dire au retour de Cannes.
D’abord les choses qui fâchent. Tarantino et Kusturica : l’exact opposé de Lynch et WKW (cf. ma petite thèse sur l’exténuation des formes). Allant chercher du côté de la surenchère, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, et sombrent dans l’auto-parodie au risque d’ennuyer ou d’irriter. C’est navrant et franchement dégoutant. Je n’ai personnellement jamais rien attendu de Tarantino, cela me navre seulement pour Kusturica, dont le Papa est en voyage d’affaire reste un jalon de ma cinéphilie.
Le Gus Van Sant évoque tantôt une sorte de Mort à Venise un peu mielleux, tantôt quelques vidéos de skate cheap. Il y a comme chez Harmony Korine, une sorte d’esthétisation forcenée du teenager, laquelle passe immanquablement par le ralenti. On dirait que GVS se cherche, cède à certains penchant pour la contemplation béate de visages rapahelites, et tente de se rattraper en jouant sur différents registres de musiques. C’est forcé et plutôt maladroit.
Ensuite l’éclatante santé du cinéma roumain, qui se manifeste déjà depuis quelques années. Cette santé n’est pas seulement confirmée par la palme d’or mais aussi par le Grand Prix un certain regard décerné à California dreamin’. Ce film n’aurait pas démérité en compétition officielle, et parait à plusieurs égard plus riche et plus audacieux que 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Je le recommande à tous, il est à la fois brut et subtil, a du coeur et pas mal d’esprit. Il pose un regard plein de compassion mais aussi de rancoeur sur les américains, plein de bonnes intentions mais finalement maladroit et destructeurs.
Ce hiatus au coeur de l’éthique de conviction, Cristian Nemescu le film avec une certaine habileté et une virtuosité qui confine parfois à l’abstraction. Comme si la caméra, en s’emballant, reflétait un échec de la narration, une impossibilité de dire ou de saisir ces moments où l’histoire s’enraye. J’ai vu dans California dreamin’ bien plus d’audace et de vigueur que dans 4 mois…, j’y ai vu du courage, et une intégrité rare.

Le Sokourov. Un film de guerre sans un seul coup de feu. Indéniablement l’un des plus beaux films de la compétition. Sokourov aurait pu se contenter d’une fable à la Dino Buzatti, et faire la part belle au désert, à l’ennui, à l’absurdité d’une occupation sans fin. Seulement c’est à tout autre chose que l’on assiste. On assiste - comment dire - à une histoire des sexes. On voit ce qu’est un homme, comment il vit, ce qu’il sent, de quoi est fait son quotidien et à quoi il aspire. On voit la femme et la figure matrimoniale qu’elle incarne, celle qui ordonne et qui nourri, rassure et oeuvre à la réunion. Je ne sais exactement pourquoi j’en viens à voir cela dans le film, et dans le même temps cela me paraît évident. Comme si cet état de guerre ramenait à un état élémentaire, que rien d’autre finalement ne restait que le rapport entre des femmes et des hommes plongés dans le dénuement le plus total. Ce cinéma du dénuement s’avère être d’une incroyable richesse : peaux, poussières, métal, touffeur de l’air. Tout accable dans ce film et pèse sur les épaules des personnes qui restent droits dans le bottes, et fiers comme des caucasiens. L’actrice est dure et touchante. Je ne m’explique pas que ce film n’ai reçu aucun prix.

La forêt de Mogari enfin. Un rêve de début de nuit. Une grande divagation d’abord dans les champs, ensuite dans la forêt. Je me dis d’abord que ce personnage est fou, car j’aime la figure du fou dans le cinéma japonais. Quoi qu’il en soit, je trouve ce récit du deuil profondément émouvant. Il ne saurait évidemment passer par le verbe et c’est la raison pour laquelle je trouve le film m’est si cher. Le vieil homme et la jeune fille se précipitent dans la forêt comme s’ils se jetaient dans un précipice, en remettant en jeu leur corps, et le rapport qu’il entretiennent à l’existence. Les dialogues sont d’une simplicité déconcertante : c’est quoi exister ? Est-ce que tu existes ? Les deux épiphanies qui jalonnent le film répondent trés directement à cette question, sans qu’il soit nécessaire de le souligner. Je voudrais revoir ce film 3 fois si je le pouvais, comme on parle à un ami.

Le 3/06/2007 à 11:04
[…] Matthieu, who was previewing until recently Cannes Festival’ film selection, will appreciate Josh’s analogies to the movie industrie. The mini-stories are done really well, in a film noir style, but are refreshingly updated with influences of Tim Burton, Frank Miller and Quentin Tarantino. Fabz also throws in Hitchcock, Woody Allen and porn fotonovelas from the ’60s and ’70s as major stylistic influences. […]