Connecting people - Art et technologie, retour sur le sublime

En lisant aujourd’hui cet article du Washington post consacré à l’exposition organisée au Musée de Baltimore (CELL PHONE: Art and the Mobile Phone), il m’a semblé tout d’un coup qu’un aspect de l’art contemporain était bien plus valorisé dans les sociétés anglo-saxonnes qu’il ne l’était en France. Cet aspect tient dans le mariage de l’art et de la technologie, ou plutôt dans le détournement ou le prolongement de l’art par la technologie. Nouvelles techniques, nouvelles formes, nouvelles problématiques mais aussi et surtout nouvelles expériences esthétiques.

Dans l’article, Michael O’Sullivan écrit :

That idea — that we are all connected to one another in a world in which technology often seems to heighten our sense of isolation — is actually the show’s not-so-subtle subtext.

Sentiment d’angoisse, ou au contraire constat selon lequel ce réseau loin d’être intrusif, renforce la communauté ? Un peu des deux, et finalement ce n’est pas trés important. Le plus intéressant pour moi, c’est de me demander pourquoi il y a aux Etats-unis des expositions qui abordent ces problématiques, pourquoi tel blog (WMMNA) se fait l’écho des croisements entre art et technologie avec un tel acharnement. Je trouve ça curieux, je trouve ça gênant. Car ces présentations manquent souvent cruellement d’une certaine distance critique. C’est cela qui me gêne, cette espèce de complaisance pour le futur proche, c’est cette absence de sens qui fait de ces oeuvres des formes sèches et d’emblée caduques.

Ce qui me plait dans WMMNA, c’est l’idée que l’art aussi peut être un laboratoire. Mais est-ce à dire que toutes les expériences techniques un tant soit peu marginales, créatives ou décalées sont de l’art ?

Mais je m’éloigne. Le sous-texte donc de l’exposition de Baltimore serait donc : nous sommes tous connectés. Et il y a là aussi une fascination qui opère. Une fascination pour la manière dont la technologie à la fois permet et accroit dans des proportions vertigineuses la mise en réseaux. La question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal, ici c’est la dimension qui importe, c’est le chiffre qui impressionne.

Il y a deux ans dans le Colorado, une exposition était organisée autour d’une notion plutôt en vogue, le sublime. L’exposition s’intitulait : Techno/sublime et se proposait de faire une sorte de passage en revue des formes contemporaine du sublime mathématique. Le sublime mathématique, c’est quoi ? Une figure de l’immense, un aperçu de l’infini. Autrement dit quelque chose qui ne peut se mesuré, qui défie les chiffres. Je pense que les sociétés anglo-saxonnes éprouvent un intérêt pour cet aspect de l’art contemporain pour la simple raison qu’elles sont fascinées par ce sublime kantien, pur et quantitatif. Je pense que cette préférence a à voir avec le capitalisme protestant, parce qu’il valorise bien plus le sublime mathématique dans l’art, et l’apport des nouvelles technologies dans ce domaine.

La part cachée, sous-estimée de tout cela, c’est le sublime dynamique, c’est le difforme, c’est le hiatus. Quelque chose qui traverse l’art contemporain de part en part, mais de manière plus subtile et insidieuse. Mais de ce sublime là il est rarement question dans la critique contemporaine. Pour la simple raison que pour bien en comprendre l’esprit il est nécessaire de redéfinir la notion à l’aune des formes contemporaines. Et pour moi la première de ces formes est le cinéma d’Antonioni, pour lequel la technologie n’est pas un instrument mais bien plutôt un objet, mieux : une créature.

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