Archive pour la catégorie ‘Vidéos’

Autoportrait

Le cameraphone a une propension naturelle a filmer l’intime, cela on le sait depuis belle lurette. Capter un secret, traduire une humeur, une idée, une impression, dire quelque chose ou presque rien : l’intime se laisse désirer et échappe alors même qu’on croit le livrer. Ici, c’est plus simple, le but est de se présenter et d’illustrer en deux temps trois mouvements son rapport au design. C’est drôle et percutant. Pour les regarder c’est ici ici.

Carnation (suite et fin du délire critique)

En passant d’une échelle à l’autre, de la petite lucarne au grand écran, je me suis aperçu que le teint délicat du modèle changeait. Le visage, d’abord livide tend vers le rose à mesure que le modèle s’apprête. Il devient ce qu’il représente. L’art de la carnation dont atteste la peinture originale trouve son prolongement dans cette métaphorose presque accidentelle ; de la carnation on passe à l’incarnation.

Ailleurs dans Saut à ski, la jeune fille devient par d’infimes gestes (des mains qui équilibrent le corps dans l’air, un corps qui se réceptionne dans la pente) quelqu’un d’autre.

Deux figures duales ou fantomatiques qui rendent présent. L’essence même en d’autres termes de la représentation.

Vermeer présentait, aujourd’hui on représente. L’enjeu reste pour moi de tendre vers la présentation. Pour cela il faudra tôt ou tard sortir de l’art post-produit.

Mobile film festival - retour sur les films de poche conceptuels

Avant-hier je participais aux délibérations pour décider des prix décernés jeudi prochain, lors de la soirée de clôture.

Ce qui est toujours trés sympa dans ces jurys, c’est ce mélange d’insouciance, d’écoute et d’obstination dans le jugement. Les blagues fusent, les arguments sont reçus de bonne grâce et même repris, les tractations vont bon train et chacun défend son poulain. Et puis ça bouge, ça change, on revoit on repense, on tombe d’accord. A cet égard cette délibération était exemplaire.

C’est en revoyant Saut à ski que je me suis dit qu’on tenait là, avec La perle de Marguerite Lantz (projeté lors du dernier festival Pocketfilms), un genre naissant propre aux films de poche.

Voyons d’abord les vidéos (désolé, aucune ne supporte correctement les lecteurs embed).


La perle : la vidéo


Le saut à ski : la vidéo

Dans les deux vidéos une même économie de moyens, un souci plus ou moins assumé de rejouer une scène et de s’inscrire dans une certaine histoire de l’art. La perle cite Vermeer sans pour autant prétendre le redoubler exactement, et s’inscrit dans le courant d’un art contemporain post-produit.
Le saut à ski renvoie quant à lui inconsciemment à un courant contemporain qui rejoue les représentations, les gestes et les codes véhiculées par l’industrie du spectacle. Et l’on ne peut s’empêcher en découvrant la vidéo, de songer aux photos d’Edouard Levé et plus précisément à sa série “reconstitutions“.

Dans un cas, le geste semble réfléchi ; dans l’autre tout laisse à penser qu’il est spontané.

Dans La perle, l’image s’installe dans une certaine solennité, et son pouvoir d’évocation joue à plein. Son statut peu à peu se métamorphose, passant d’image fruste à icône. C’est tout le pouvoir de transsubstantiation du cinéma qui se manifeste ici.

En revanche le saut à ski prend d’emblée le tour d’une blague, mais s’avère exécuté avec une telle adresse qu’il en devient une performance. Là encore s’opère une conversion entre le début plutôt potache et la fin. Certes un rire bon public ancre la vidéo du côté de la farce, mais vérifie aussi le fait que la performeuse joue le jeu. Ca marche, on l’a vu sauté, ça s’est passé.

Les téléphones sont de petits objets permettant de faire de petits films. C’est-à-dire des films courts, modestes, miniatures, rapides, léger, fragiles. Des films de poche quoi, faits avec les moyens du bord, mais aussi des idées fuyantes qu’on attrape à la volée. Je pense que Saut à ski est une idée fuyante bien chopée au vol. Que La perle procède d’une croyance qui surpasse la modestie des moyens qui la servent. Dans les deux cas, les films sont au départ simples, et se voient modifiés comme par accident. Quelque chose se produit qui altère leur sens, le détourne et lui donne une dimension nouvelle.

Lors de la délibération, un argument repris ça et là était de dire que tel film dépassait les vidéos de téléphones portables, et plus littéralement les “transcendait”. Jamais un film de poche ne pourra mieux se “transcender” que lorsqu’il restera lui-même, sans céder aux facilités de la post-production et autres expédients de faiseurs. C’est peut-être bazinien de dire ça et un peu intégriste, mais j’assume complètement.

Ces quelques considérations hasardeuses permettent simplement d’éclairer sous un autre jour le rôle que joue le hasard dans la conception des films de poche. J’avais déjà abordé la question dans mon article du Mobilfest, mais jamais sous cet angle là.

Sous-jouer

Je parlais dans le précédent billet de distance. Ici c’est une autre distance qui se joue, inhérente à l’underacting. Distance dans le jeu qui j’ignore pourquoi me pousse au fou rire. Cette femme balance le frisbee comme une brique, dans les roses. C’est hilarant sans qu’il se passe rien.

Il y a dans l’underacting une grande beauté qui n’en finira pas de me fasciner. Deux scènes qui pour moi sont fondatrices de ma cinéphilie. La scène à trois - presque finale - de la Notte, dans laquelle Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau tournent autour de Monica Vitti. La scène sur le port dans Il Deserto Rosso, où Monica Vitti - toujours elle - fait fasse au groupe d’amis qui la dévisagent. Raison pour laquelle je reviens sans cesse à Antonioni, et qu’il constitue une clé de voute de mon rapport au cinéma.

Retour à la normale. Des nouvelles de Lena

Enfin de retour sur ce blog que j’ai cruellement délaissé, faute de temps.

J’ai reçu il y a peu un email de mon amie Russe Lena qui s’interrogeait sur la disparition malheureuse de awesomovies.com, un site que j’avais monté, qui se proposait de rassembler des films de poche du monde entier. Qu’elle soit rassurée, sa belle petite vidéo n’a pas pour autant disparue, elle est juste là.

L’idée était d’encourager mes amis à me parler leur langue, à me confier de histoires, des secrets que je ne comprenais pas. J’ignore encore pourquoi cette ballade commentée me touche. C’est une lettre, un bout d’image incarné et d’emblée partagé.

Lena
envoyé par awesomovies

Coming down the mountain

Vous vous demandiez où j’étais passé ? Dans les montagnes, à me goinfrer et me rouler dans l’herbe verte.

Edgy stone.jpg

Je rapporte dans ma besace un bon paquet de photos, et une petite vidéo pour le moins mobile. Surpris par la nuit, je dévale un versant du col de la Geneste, le tout en une douzaine de minutes et sans me faire d’entorse !
Le cadre du player ressemble finalement à un récipient dans lequel basculent des formes abstraites. Là haut, alors même que je filmais, c’est autre chose que je voyais, à une autre échelle. Dans l’écart du souvenir et de l’image, il y a : le hasard, l’espace, le silence.

Col de la Geneste on Vimeo

De retour du concert Ali-Fib

Un peu fatigué c’est vrai, aprés avoir enchaîné pas moins de 6 groupes et un performeur. Mais content d’avoir fait de belles découvertes, notamment Black forest black sea - assez touchant sur scène avec leur musique délicate et aérienne, et Magic markers dont la performance fut magistrale.

Mettre un mauvais groupe avant un trés bon a parfois du bon. Si on prend par exemple Antilles et Magic markers, on se dit que quelque part, c’est un peu un groupe de quincaillers contre une couple de cuisiniers, des touche-à-tout bruitistes contre des orfèvres subtils, des producteurs de mélasse contre des sculpteurs de bronze. Que quelque parts, quelque choses séparent ceux qui savent ce qu’ils font, de ceux qui l’ignorent. Et pour être plus précis :

L’un dans son travail fait ça :

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Il essaye tout, se disperse, ajoute les instruments les uns aux autres, se contentant comme ça d’additionner les sons ou de les entrechoquer plutôt. Tout ça paraît un peu brouillon évidemment, et on peut difficilement dire qu’il s’en dégage une impression de finesse. Cela pourrait être sauvage, électrique, foudroyant. Mais non. Cela n’a pas de corps, car la forme est dispersée et grégaire.

L’autre fait ça :

VVVV
VVVV
VVVV
VVVV

Il opte pour des outils dont il explore le potentiel selon différents moyens. Il les met à l’épreuve, en en tirant des sons qu’il informe par la même occasion au moyen du rythme. Il crée ainsi des blocs bien compacts, qu’il découpe à la hache. C’est un travail de détail, qui requiert une belle précision. D’autant que là dedans, l’essentiel vient dans le contre-temps, dans le geste à rebours. Et là Magic Markers, comme Black forest black sea sont au rendez-vous. BFBS par exemple en stoppant d’un coup la musique pour laisser affleurer la voix, Magic Markers en offrant en contrepoint de la course en avant de la batterie, des riffs au ralenti, profonds et graves.

Et puis il y a Phil, l’autre petite suprise d’Ali_Fib :

Phil Minton on Vimeo

Voilà, cette musique défendue et promue par Ali-Fib, c’est pour moi une musique organique, un peu au sens americain du terme, libre et verte, qui fait avec ce qu’elle a, travaille une matière et résonne dans le corps.

Les films de poche s’inscrivent dans cette veine du DIY et revendiquent une pratique simple, intègre et directe de la vidéo pauvre. Je pourrais dire aussi Arte povera ou autre chose, mais l’idée reste là même, c’est celle de la parole nue, une parole presque sans mots, suffisamment simple et concrète pour être entendue sans rien autour. Ah, toujours ce mythe de la transparence ! Mais ces concerts Ali_Fib ont un je-ne-sais-quoi de rousseauiste ; )

++dossier-concert-17-decembre-la-generale.pdf++

On mangera du crocodile, par Vincent Bergerat - Une pièce d’orfèvre

++Vincent Bergerat++

From Montreal, with love

Psychedeleidoscope on Vimeo

sURF on Vimeo

>> Perrier pix (photos)
>> Sunny beer (video)

Waterlight. on Vimeo

Mercury. on Vimeo

++Maryse++

PS : je connais à présent un sacré paquet de plateformes vidéos, et je peux dire que je préfère de loin Vimeo, à la fois pour son design, sa simplicité, sa convivialité et l’élégance de son player. Le plus intéressant pour moi : il emporte ma préférence d’emblée, littéralement au premier coup d’oeil.

Monkeyvision : les singes ont de l’avenir

Le nouveau Wired est tout frais tout chaud, et réserve ce mois-ci quelques beaux articles. En couv’, la jolie frimousse de Lonelygirl15, qui sous ses airs enfantins cache décidément bien son jeu. Au sommaire, un article de fond sur YouTube et une mise au point avec les inventeurs de Lonelygirl15. De nouveaux termes pour tenter de mieux cerner les évolutions à venir de la vidéo online, et deux ou trois recettes pour inventer les hits de demain.

On commence par “Monkeyvision”. Le mot a de quoi faire sourire, mais il rend bien compte du côté à la fois florissant et saugrenu des vidéos uploadées sur YouTube. Il n’en demeure pas moins que le terme est opaque. Bob Garfield - l’auteur de l’article - ne manque d’ailleurs pas d’accompagner celui-ci d’une suite d’exemples, qu’il a la bonne idée d’illustrer à l’aide d’une chaîne conçue à cet effet. 6 vidéos y sont présentées, drôles, grotesques, mignonnes, bref il y en a pour tous les gouts. Monkeyvision permet de mieux saisir l’aspect inachevé, inattendu, farfelu et parfois génial du user generated content.

La question est ensuite de savoir qui est le “monkey” dans l’histoire. Ceux qui postent ou ceux qui regardent ? Mauvaise question, car dans l’histoire ce qui compte ce sont les chiffres aprés tout. Et les chiffres disent que nous sommes tous des singes, que ceux qui postent et ceux qui regardent sont les mêmes, qu’ils se parlent en échangeant des mots mais aussi des vidéos. Monkeyvision est donc avant tout une affaire de communauté.

Le problème du singe, c’est qu’il est segmentant. Enfin, c’est ce que se disent les annonceurs, qui pensent encore en terme de masses. Bon, la segmentation n’est pas un risque. On va créer un groupe “cute cat” et un autre “speed car”, laisser les membre classer les vidéos, et placer des pubs ciblées.
…Oui, mais segmentant, segmentant, genre vraiment limite parfois, un peu trash et hors norme. Monkeyvision réserve des surprises et pas forcément toujours les bonnes. Bien sûr il y a des risques, l’annonceur peut acheter des mots clés (”cat” encore) et se retrouver accolé à la vidéo d’un goth dégustant un cadavre de chat (véridique !). Bref, voilà pour Monkeyvision : le règne des singes se profile, et ses termes peu à peu se précisent.

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Passons à Lonelygirl, qui commençait à s’ennuyer. Les deux petits prodigies ne sont pas peu fiers de parader dans Wired, et ils le méritent bien. Miles Beckett le dit et le répète à qui veut bien l’entendre :

It’s a new medium. It requires new storytelling techniques. (…) What’s needed, he says, is content that’s built specifically for the Web. It doesn’t need to be lit like a film – that would make it feel less real. The camera work should be simple. There shouldn’t be a disembodied third-person camera – a character is always filming the action.

Bon, on la fait courte et on essaye de regarder la chose de plus prés :

1/ Keep it short. (ou “snack-sized content“).

You make movies for the big screen, sitcoms for TV, and something else entirely for the Internet. That’s the lesson of Lonelygirl15.

Les vidéos elles-mêmes sont constituées de morceaux choisis, à la manière d’un best of, ce qui permet de rompre l’impression de durée et de multiplier les impressions. Il y a du coup un côté zapping…

2/ …mais un zapping sur une même figure, qui s’envisage comme un paysage à multiples facettes. Tout le monde y trouve son compte : Bree à une gueule de cartoon, de teenage, d’extra-terrestre, de ce que vous voulez. Personne ne pense la même chose, et c’est ça qui plait à tout le monde. Raconter une histoire, c’est comme partager un mythe : sa puissance réside dans sa capacité à nous faire imaginer, à nous faire voir ce qu’on veut y voir. 2/ Gueule > mythe

3/ Realité/fiction : la distinction n’est plus opérante, le fait que tout le monde apprenne que Bree s’appelait en fait Rose n’a rien changé, du moins en terme de trafic. Dans “Storytelling” il y a “story”. Aprés qu’elle soit vraie ou fausse, what’s the hell, comme ils disent.

4/ Evidemment, il y a l’écriture. Là il faut être malin, et regarder du côté des séries. Ces monkeys savent bien où aller chercher l’inspiration, du moins lorsqu’il s’agit de distiller dans la narration quelques tricks, coups et rebondissements. Et là il n’y a pas photo. La première vidéo à atteindre les 500 000 l’a fait grâce à un trick : “my parents suck” (sic !).

5/ Je ne sais pas encore. L’étude des singes est un exercice long et fastidieux.

++Podcast bonus de l’entretien (Wired)++

J’en profite pour signaler un nouveau venu : ça s’appelle NewTeeVee, et c’est un blog Giga OM (qui commence à faire pas mal de petits).