Archive pour la catégorie ‘Pocketfilms festival’

Nocturnes, l’accueil critique

Pardon pour ce long silence. Cannes oblige, le temps m’a cruellement manqué. Au programme de Cannes, deux séances des Nocturnes pour le roi le Rome. L’enjeu de cette projection était avant tout d’inviter le public à se confronter à cette image, à se laisser surprendre et séduire, enfin à la prendre au sérieux, à saisir ce qu’elle faisait entrevoir.
Côté critique, certains articles paraissent étranges. Celui du Monde par exemple, est bien enthousiaste mais se contente timidement de raconter le film, sans pour autant rentrer dans les détails ni dépasser les éternels adjectifs (envoûtant, déroutant, poétique, “images trés belles”, etc.). Difficile d’un autre côté d’écrire un tel article dans l’urgence du festival. Cela se ressent forcément.

Ailleurs, dans Variety, l’article saisit en deux trois mots (toujours dans l’urgence) l’esprit ou du moins l’ambition du film. Et ça n’est pas triste. Le film se voit ainsi réduit à une sorte de jeu (”an experimental gamble”), justifié par le seul emploi du téléphone portable. Justifié ou motivé, encore une histoire d’appréciation. Comme si l’exercice était gratuit, qu’il valait par son seul aspect neuf et inédit.

C’est le paradoxe des grands festivals que d’offrir à la fois le maximum de visibilité, et le moins de temps possible de digérer et réfléchir les films.

On finit en beauté avec un petit portrait dans les inrocks de cette semaine qui se termine sur ces mots “Jean-Charles Fitoussi saura-t-il être le Mozart de la téléphonie mobile ?”. Je ne sais trop quoi penser d’une telle chute. Drôle ou pathétique, juste, dans le sens où une critique est un peu juste, un peu limite, un peu faible, un peu lâche. La critique lâche, désagrégée comme l’image du téléphone, qui ne recouvre rien.

Nocturnes pour le roi de Rome à la Semaine de la critique

C’est fait, Nocturnes est à la semaine internationale de la critique, à Cannes. Annoncée il y a peu, cette nouvelle me rejouit pour plus d’une raison. Je tiens au film c’est entendu, et plus largement à l’oeuvre de Jean-Charles Fitoussi qui m’est chère. Je trouve également important que soit souligné une bonne fois pour toute - et à la suite du festival Pocketfilms - que ce cinéma peut et doit être pris au sérieux, étant entendu qu’il témoigne d’une ambition sans commune mesure avec celle de la majeure partie du cinéma produit et distribué aujourd’hui dans les grands réseaux de salles de cinéma.

Voici le texte de présentation du film, rédigé par Jean-Charles Fitoussi.

“Adieu les scénarios, adieu l’encre, adieu le papier, les reliures, les dossiers, adieu la littérature: cette caméra miniature m’a permis d’écrire directement avec des images et des sons, sans préalable. Le film est dès son commencement purement images et purement son. Et le cinéaste se trouve dans la position du peintre, du musicien ou de l’écrivain: seul avec sa matière, toile, partition, ou page blanche. Par d’étranges chemins, le dernier cri technologique (d’ailleurs déjà périmé) rejoint le cinéma des origines, quand on partait filmer avec deux idées en tête, dont celle d’improviser sur place — le vieux cinématographe, des burlesques américains aux avant-gardes russes. Liberté, liberté chérie…”

Voici par ailleurs le texte du catalogue de la Semaine de la critique consacré à Nocturnes pour le roi de Rome. A ce texte s’ajoutera ultérieurement un entretien libre avec Jean-Charles portant sur son film et plus largement les films de poche, à paraître sur le site de Pocketfilms.

Strip-tease

Le film commence timidement, tremble et se délite de part en part. Puis sur un mode légèrement burlesque amuse et intrigue. L’image aveugle fait retour au cinéma muet. Le montage musical imprime son rythme au film. Images, musiques et voix se bousculent joyeusement. C’est la grande débauche plastique et sonore, toujours sur fond d’images écorchées vives. L’idée derrière ça qui semble animer Fitoussi, c’est de mettre l’image à nu. Dans le Château de hasard, il y a des silhouettes, des histoires et des images qui se dévoilent. Le château est une maison close dans laquelle tout d’une manière ou d’une autre finit par se déshabiller.
Si Fitoussi parle de cet œil-camera qu’est le mobile, c’est qu’il y a dans Nocturnes une ambition presque métaphysique. Pas parce que le film est hanté par la mort, mais parce qu’en recourant par moments au montage quantitatif, Fitoussi gratte comme Vertov ou encore Gance une image qui est plus qu’une image et rêve à la possibilité d’être (un) tout. Cette totalité esquissée ouvre un gouffre en même temps qu’elle offre une réponse concrète à la question du sens. Fitoussi met l’image à nu pour ça, pour produire des épiphanies, ou encore inspirer un sentiment tenant autant du sublime mathématique (l’infini kantien) que du sublime dynamique (le delight burkien aperçu par Fitoussi dans la surimpression de bombes sur un corps nu). Des épiphanies qui excèdent le(s) sens, et se tiennent à égale distance de l’art et de la philosophie.

Pocketfilms at Mobile Monday

L’ironie du sort veut que seulement un jour aprés avoir réactivé Films de poche, je retrouve une partie de l’équipe Pocketfilms aux MoMo, et plus précisément Nathalie et Jeff.

Il semble que de leur côté les choses avancent. SFR leur a préparé une solution d’herbergement des rushs à distance et de montage, du grand luxe pour les heureux détenteurs du mobile caméra pocketfilms. Concrétement, il sera possible d’envoyer des petits films de maximum 3 minutes sur un serveur, puis de monter les différents rushs sauvegardés. La solution permet de voyager léger. La question est de savoir s’il on peut faire pour autant l’économie d’une carte mémoire, sachant que celle-ci permet de faire de trés long plans séquences, ce qui est toujours appréciable avec ce type d’appareils.

Je ne sais pas dans quelle mesure cette petite innovation va rencontrer un public. Certes la solution est utile, mais pas révolutionnaire. Difficile de faire la part des choses entre un service “gadget” et une vraie innovation en terme d’herbergement et de traitement des vidéos (d’ailleurs on attend toujours Vpod.tv). Encore une fois, il reviendra aux utilisateurs de tester le dispositif et au besoin de le faire évoluer dans le sens de leurs besoins. C’est la bonne nouvelles : Pocketfilms 2.0 est certifié web 2.0 !

Le nouvel épisode de Marmotte est arrivé !


Retour dans le château de hasard

Il y a quelque jours lors de la projection de Nocturnes pour le roi de Rome à la FEMIS, Jean-Charles Fitoussi revenait sur sa méthode de travail.

Se comparant à une sorte de cuisinier contraint de préparer un repas avec les seuls ingrédients disponibles dans son frigo, Jean-Charles Fitoussi explique n’avoir pour ce film rien préparé, et l’avoir conçu dans la plus grande improvisation. Ce mode de production est caractéristique de l’ensemble de son oeuvre. Dans la château de hasard, il y a la vie peuplée de hasards, la vie qui à travers eux fait oeuvre.

Je crois, pour les films de poche, à la pertience d’une méthode dans le cadre de laquelle le film se pense aprés coup, advient davantage qu’il ne se pense ou se conçoit. Le film de poche serait en quelque sorte un patron, une esquisse des temps modernes qui s’inscrit au croisement de l’événement (le hasard), de l’intuition (ou idée) et du geste.

Il ne serait plus nécéssaire d’imaginer une écriture, une structure narrative. Des images s’accumulent, qu’il est possible de faire résonner ensemble, en rapport avec d’autres images, d’autres sons empreintés ailleurs. Il s’agit là d’un travail totalement plastique, puisqu’on ne trouve dans le frigo que des aliments crus et non traités. Le cinematographe est autant une écriture qu’un art plastique.

Tout cela me rappelle un peu les méthodes de travail d’Arnaud Des Pallières avec Martin Wheeler, ce qu’il dit sur son rapport schizophrène au montage, sur la manière dont il mélange les sons. Même rapport à la matière, même jouissance dans l’acte de recréer, de refondre un ensemble de formes brutes dans une oeuvre économe et non moins brutale (d’autres diront lyrique).

C’est ça l’enjeu, la brutalité. Je sais bien que Jean-Charles Fitoussi, en m’entendant parler de Grandrieux (Sombre) à propos de la surimpression de motifs de destruction et de désir, est resté pour le moins sceptique. Mais l’enjeu dans Nocturnes comme dans Sombre, c’est toujours le raccourci, l’accès le plus immédiat, et donc quelque part violent, au corps de l’image, à son corps mis à vif.

Films de poche : bilan critique

On a posé, à l’occasion du festival Pocketfilms, une quantité de questions, du genre : le pocketfilm est-il l’avenir du cinéma ? Ou mieux encore le pocketfilm, est-ce du cinéma (sic) ?!
Il est normal que le festival Pocketfilm suscite ces questions car il est le premier à prendre au sérieux ces nouvelles vidéos en les projettant sur grands écrans et en leur consacrant d’innombrables installations. Il est toutefois nécéssaire de bien faire la part des choses, et une fois de plus de revenir à la définition même des pocketfilms.

Les films de poche ne sont ni bons ni mauvais, et tout dépend bien évidemment dans quelle optique ils sont conçus. Du gag au long métrage d’auteur, on aura tout vu à Pocketfilms 1.0, et c’est bien normal pour ce festival qui en innovant s’expose, prend des risques.

D’un point de vue strictement critique, il fut fort intéressant de suivre la préparation du festival à travers la liste de diffusion conçue à cet effet. Durant 4 mois environ, des réalisateurs se sont librement échangé leur films, partageant leurs créations et leurs impressions du moment.

Dans la critique des films de poche, deux phénomènes se confondent étroitement : l’invention d’une image préhsitorique et précaire, et l’invention d’une parole nécéssairement mal ajustée qui parce que son objet est inédit peut naviguer où bon lui semble.

Voici en guise d’exemple, quelques textes rédigés sur les phonebills de Christophe Atakebian. Extraits choisis de messages échangés sur la liste de discussion :

Notes sur les films de poche – 1

La méthode de Christophe est celle du work in progress, de l’expérimentation pratique. Les films consistent en une juxtaposition d’essais (mouvements brusques, travelling, puis plans fixes, zooms) visant à mieux appréhender la caméra, à mieux cerner les modalités de son fonctionnement, ses éventuels travers, ses qualités paradoxales. L’expérimentation – autant formelle que narrative d’ailleurs – se double d’un commentaire sur les conditions de réalisation de l’image (l’heure, le lieu, l’état des lieux) et l’image elle-même (le cadre, la profondeur de champ, les éventuelles références esthétiques). Le film intègre ainsi son propre commentaire - la promesse d’un dépassement ultérieur -, tout en ménageant une place significative au hasard des rencontres (quelqu’un surgit dans le cadre, quel qu’il soit, où qu’il se pose), des transformations (va-et-vients rapides sur une pelouse fleurie qui aboutie à un chevauchement des pixels les uns sur les autres), des apparitions (comme celle d’une pastille orange surgie du fin fond d’un verre, etc.).

À part cette brève description, la possibilité d’envisager d’autres aspects dans ces films. Le jeu entre les voix du je : la voix-off et la voix-in alternent l’une avec l’autre ou se chevauchent, s’annoncent, se répètent ou se complètent. Parfois le commentaire s’essouffle, renonce à continuer, faute d’avoir quelque chose à apporter. Le plus intéressant réside pour moi dans l’alternance de ces paroles, la cohabitation de plusieurs récits du quotidien. Certains moments aussi sont très beaux, notamment lorsque le son enregistré sur Quicktime s’interrompt et que les quelques images restantes déroulent, presque à la manière d’un film muet (toujours le paradoxe de l’appareil dernière génération et de cette image si primitive). Aussi cette proposition, pourquoi ne pas poursuivre sur cette piste, jouer davantage, peut-être de manière plus calculée ou réfléchie sur les différentes couches de sons : musiques (de l’ordinateur, d’un lecteur CD, d’un bar), Voix (in et off), Silence (un peu partout disséminé). Ce jeu est déjà à l’oeuvre dans les 10 petits films, spontanément présent j’ai envie de dire, librement.

Yves R reprend le terme d’ Hypomnemata, c’est-à-dire (j’ai cherché une définition simple) de simples notes que l’on prend, destinées à conserver une mémoire des choses, des faits et des réflexions. Ces petits journaux vidéos consistent, tels qu’ils sont construits, en une prise de note en deux temps : l’image est captée, cadrée, commentée, puis montée, arrangée, recommentée. Plus qu’un journal c’est – déjà – la glose d’un journal. C’est cet écart de sens, d’interprétation, qui me plaît, c’est là aussi qu’il y a pas mal de liberté à conquérir.

Une dernière chose peut-être, cela doit concerner le films n°7 : presque pas ou pas de voix off, et cette nouvelle démonstration très directe et drôle, sur le pouvoir d’agression de ce nouvel outil. L’agression est – comme l’appareil photo et peut-être davantage encore – l’un des ses pouvoirs intrinsèques.
Et sur le film N°11 que je viens de voir et qui atteste d’une certaine montée en puissance, d’un parti pris plus tranché sur l’organisation du son. Affirmation claire d’un goût pour le discours théorique (déjà présent dans le plan fixe dans le métro), et la juxtaposition libre de musique et de discours. L’objet devient plus solide, acquiert plus de personnalité.

Notes sur les films de poche – 2

Toujours sur les films de Christophe – Phone Bill 11-16

Les choses ont l’air de se préciser. Je retrouve les jeux de voix, de discours, de musique qui se chevauchent ou se juxtaposent, parfois de manière très cut (Les Dead Kennedys font un effet bœuf !). Même chose pour les écarts de sens, de registres, de degrés : dans le Phone Bill 14, le chant de Will Oldham - sorti de nulle part – vient commenter le film en train de s’interroger lui-même. Ça part comme une expérimentation, un discours sur des images apparemment autonomes, et puis viennent se greffer d’autres sons ou musiques, différemment connotés. Les films de Christophe font le grand écart, et nous obligent du même coup à une certaine gymnastique – mais le programme reste libre, aucune contrainte à l’horizon, seulement des indices, des traits d’humour, des abstractions, des théories. Théories d’images, sur les images, mais également sur les visages, et ses possibles (dureté de Poutine ou sourire amusé).
Il y a toujours, à la fin de ces films, quelques surprises : l’image disparaît tandis que la musique se poursuit, ou inversement, dans le Phone Bill 14, une des deux images disparaît, puis les deux, apparaît une autre image, qui prend tout le cadre et vient donner au film une force inattendue. Ce plan du digicode, tel qu’il est posé, est particulièrement efficace, d’abord parce qu’il tombe évidemment sur le dernier refrain du chant de Palace Brother, mais aussi et surtout parce qu’après le split screen, ce plan étonne par son côté à la fois beau et trivial, par ses clignotement, et ses qualités picturales (voir les aplats gris-blance de part et d’autre du digicode).
Les qualités picturales, j’y viens. J’ai joint trois photogrammes : le dernier plan du phone Bill 14, et les premier et dernier plans du Phone Bill 16 (la lumière qui tombe sur le lit, le sourire). Si on part comme ça de l’idée du pinceau, de la confusion des pixels, et en même temps de leur côté apparemment, si évident parfois qu’on croirait voir des touches de pinceaux (ou de couteaux), des impressions davantage que des images. Voici un autre photogramme, premier plan du Phone Bill 15 : dans ce long plan, qui va en s’accélérant, on songe assez facilement à d’autres références, comme les Broadway boogie-woogie de Mondrian, les formes et leurs mouvements sont assez similaires. Tout ça pour dire ou imaginer la caméra du téléphone non pas comme un stylo, mais comme un pinceau. Mieux, la caméra n’est plus stylo, mais crayon. Imaginer une caméra-crayon, qui esquisse, s’essaye au brouillon, s’affiche d’emblée bien plus libre que le stylo, dans les formes qu’elle visite et dessine, dans ses motifs, ses textures.
Il y a dans toutes ces lignes un peu du souffle surréaliste, la beauté moderne mais aussi une manière moderne, celle du croquis pris sur le vif, d’un monde saisi à la volée. Toujours le retour aux origines.

Aussi sur « Indifférence » et « Regarde » : cette manière que tu as Benoît de découper les espaces (espaces d’images, espaces réels) pour ensuite les faire s’interpénétrer les uns les autres, de telles sortent qu’ils se rencontrent et éventuellement communiquent entre eux. Tu remontes pour ainsi dire les décors environnant, en les enrichissant de nouvelles dimensions. C’est agréable comme ça, dès le début, de tomber dans un champ de mouton, puis de revenir dans le métro, ce genre de plan à appréhension décalée est assez drôle et plutôt intéressant si l’on considère ensuite les questions de lieux, de point de vue. La caméra-crayon a effectivement la possibilité, du fait de sa mobilité et de sa petite taille, de morceler énormément ce qu’elle filme, et par conséquent de recoller plus librement les fragments qu’elle produit.

Notes sur les films de poche – 3

J’aime beaucoup ton dernier film Benoît (Labourdette). On parlait d’impressionnisme, ensuite d’art moderne (les pixels s’élargissant, les images évoquent davantage De Staël), mais celui-ci apparaît plutôt comme un clin d’oeil à Buren. Cela dit, peut-être parviendrons-nous à nous émanciper de ces références un peu trop picturales, un fois celles-ci toutes épuisées. Il faut croire que toute nouvelle forme d’image doit passer par là.

Autre chose qui fait songer à l’art contemporain – pas aux tableaux cette fois-ci, mais à certaines performances, ou formes de mises en scène au théâtre : le phone bill dans lequel Christophe et quelques uns de ses amis apparaissent avec des masques. C’est l’un de ceux que je préfère, parce qu’il y a ce côté “pose”, une mise en scène très rigide, des cadres particulièrement composés, et une image suffisamment floue pour entretenir la magie qui se dégage de ces masques. Il y a dans ce phone bill, quelque chose qu’on a pas l’habitude de voire dans les autres, non pas un récit, mais des figures, des personnages, un (autre) monde possible.
Dans les autres phones bill, toujours le plaisir du texte, de l’image qui se cherche sur fond de bande originale (on est au cinéma, mais dans un cinéma qui se cherche, et qui fait de cette recherche une sorte de quête douce et tranquille). Des sons, des voix qui se superposent, qui parfois peut-être font diversion, enrichissent une image quotidienne, triviale, en lui insufflant un sens à la fois construit et fuyant (des discours nous parviennent par bribes). Tout cela se règle. Et bien qu’on puisse parler de “trace”, il y a dans ce son quelque chose de suffisamment construit, pour finalement laisser croire qu’on est pas si loin du Cinéma (celui de la fiction, de la fable). On peut aller jusqu’à dire que ce montage son produit un “effet Cinéma” qui fonctionne bien. Bluff bien réglé ? Diversion ?
Il y a aussi la dimension quotidienne, parallèlement à l’image, d’une pensée qui avance pas à pas, à coup de phrases, de mots, au rythme d’une musique : le blog vidéo jusqu’au bout, jusque dans le monologue intérieur de tous les jours, sur des images de tous les jours.

Je vois plusieurs tendances dans tous ces films. D’abord des tendances lourdes, des moments pris sur le vifs, dans la rue, chez soi, en soirée, dans le métro. Ça paraît évident, mais c’est le premier point commun : cet outil est un outil d’intervention d’urgence, quelque chose qu’on dégaine et qui sert immédiatement, pour saisir un fait divers, une absence de fait divers, ce qu’on veut, à la manière d’un reporter. La dimension de reportage, de document (low-fi), est presque inséparable de l’emploi et de la définition de l’image de cet appareil. C’est pour cette raison que l’effet de réel qu’il produit est important, que Benoît parle de Bazin. Mais ensuite que faire de cet effet de réel ? Comment le creuser ? Comme l’appareil photo, ce Nokia peut agresser, voler, espionner. Agresser, la dimension était présente dans un des phone bills de Christophe. Espionner ou voler un geste, comme cette main qui se crispe et se frotte machinalement sur un genou, dans le métro (cf. un autre phone bill). Il est possible de radicaliser tous ces emplois, de se servir du Nokia un peu comme Nossiter se servait de sa petite caméra dans Mondovino, mais de manière plus nerveuse, plus radicale encore.
Ensuite il y a les adeptes du montage et de l’hybridation, qui contrebalancent cet effet de réel par l’ajout de matériaux étrangers, qui désossent les plans et rassemblent les images. Ajoutent et brouillent des pistes dans le même temps.
Il y a la performance (cf. Le dernier film d’hugo), le “one shot”, le plan séquence de Benoît, qui pourtant semble parfois monté. C’est d’ailleurs cela qui est intéressant, d’observer comment il est possible de jouer sur les déformations de l’image, de capitaliser sur les défauts de cette caméra pour finalement obtenir un film arte povera tout à fait inattendu. Même chose pour le changement de cadence de l’image lors du passage d’un format à un autre.

Films de poche, kesako ?

Certes, le terme de Pocketfilms est fort séduisant. Popularisé en France par le Forum des images, il était jusqu’à présent utilisé dans une autre variante par une société americaine de contenu pour mobiles.

Chaque marque, chaque festival y va de son terme : micromovies, microcinema, pocketfilm, mobile film, ipod film, n’importe quel terme fait l’affaire et tout référent finalement à n’importe quel film. “Anyfilms” comme dit Samsung, qui voit déjà plus loin en envisageant (de manière assez convaincante je dois dire) un film de poche interactif.

Une définition s’impose, claire et courte : les films de poche sont des films qui tiennent dans la poche, qui sont en d’autres termes consultables sur des écrans nomades, tels que le mobile, l’ipod vidéo, la PSP, le PDA, etc. Le terme a beau paraître désuet, c’est sans doute ce qui fait à mes yeux son charme.

Présentations

Ce blog constitue le prolongement logique et pour ainsi dire naturel d’une somme de conversations - récurrentes et soutenues - avec plusieurs amis (Benoît Hické, Vincent Passerat et bien sûr mon indéfectible compagnon d’aventures Jean-Jacques Arnal) autour des films de poche.

Il résulte par ailleurs indirectement de ma contribution à la première édition du festival Pocketfilms organisé par le Forum des images en Octobre 2005.

Que toutes ces personnes (et institutions) soient donc remerciées pour leur apport initial à ce modeste blog.