Archive pour la catégorie ‘Pocketfilms festival’

Distribuer le temps

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Le frigo de Jean-Charles

Ce soir, j’ai regardé l’ensemble des vidéos que Jean-Charles Fitoussi partage sur son weblog, jour aprés jour, depuis prés d’un mois et demi. Elles se suivent et ne se ressemblent pas. Inutile d’y chercher une quelconque cohérence, ni même l’ébauche d’une éventuelle intrigue. Ces vignettes forment une œuvre en devenir. Les mots, les motifs, les histoires se mettent en place lentement. On se remémore des personnes, qui s’invitent en fantômes. On voyage librement dans le temps à mesure que l’on parle, mais ce temps est problématique et jamais linéaire. Il est le point d’achoppement des images, leur principe d’ordre et de désordre. Les personnages, dans ce contexte là, sont autant de passeurs. Ils passent le temps, distribué au petit bonheur la chance. Par le hasard.

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Les images japonaises convoquent à leur manière les joies du présent sur un mode saugrenu et burlesque. Entre contemplation appliquée et plaisirs simples, les figures sont sages et presque enfantines. Les images sont mises en scène, par le biais de citations musicales ou cinématographiques. Nous sommes dans le temps du cinéma, où le jeu, les poses et les mots n’ont ni âge ni raison. On songe naturellement à Christophe Atabekian qui réalisait il y a trois ans déjà ses phone bills (voir à ce propos le petit bilan critique d’alors).

Alors comment redistribuer ces images ? En ajoutant des mots qui les traversent de part en part, un nouveau temps qui fait corps avec elles. Le seul temps qui soit hors du temps. Celui du film.

Un cinéma cru

Le premier prix de Pocketfilms (Porte de Choisy, d’Antonin Verrier) vient rappeler qu’au-delà des films à gimmicks, tricks et jokes, c’est bien l’approche la plus élémentaire et la plus juste du film de poche qui l’emporte à la fin. On trouve dans ce film une qualité de silence, une patience du regard, un amour de la peau et de la lumière qui donne au film un tour cru et direct. C’est du cinéma cru.

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Deux sens du pocketfilm

Un article intéressant est paru il y a quelques jours dans ParisArt. Dans le texte qu’André Rouillé écrit à propos du festival Pocketfilms, il dit ceci :

Du majeur au mineur, le cinéma cesse ainsi d’être représentatif pour tendre vers ses extrêmes ou ses limites. On passe d’un usage représentatif à un usage intensif du cinéma. Exprimer une sensation, capter un instant fugitif, traduire une intimité, saisir une humeur, signifier une proximité, etc., seule peut le faire une caméra qui colle au corps, qui l’habite et le prolonge, qui vibre avec lui.

L’idée d’un cinéma intensif ou vertical est éclairante, dans la mesure où elle pointe certaines caractéristiques des films de poches les plus beaux : tentation de rentrer dans ce qui est vu et d’en décrire les moindres contours au point de sombrer parfois dans l’abstraction, envie de confessions, de paroles dites ou écrites, c’est le cinéma mineur le plus attachant mais aussi celui qui atteste de la plus grande justesse et d’une certaine intelligence dans l’usage qu’il fait du téléphone.

Ailleurs oeuvrent les naïfs et les joueurs, qui privilégient la joke. Rien de mal à cela. Mais en choisissant de verser dans le pur exercice de style, ils font - sans s’en apercevoir peut-être - l’exact contraire de ce cinéma intensif. Ils cèdent aux facilités d’un cinéma de diversion, qui écarte de ce qui est vu et distrait. Un cinéma distrait : séparé, retranché d’un tout. Séparé du sens et des formes qu’il prétend découvrir. Insignifiant. Un cinéma qui n’en est plus un, qui verse dans le programme de flux, l’objet à digérer, au risque de l’indigestion.

Carnation (suite et fin du délire critique)

En passant d’une échelle à l’autre, de la petite lucarne au grand écran, je me suis aperçu que le teint délicat du modèle changeait. Le visage, d’abord livide tend vers le rose à mesure que le modèle s’apprête. Il devient ce qu’il représente. L’art de la carnation dont atteste la peinture originale trouve son prolongement dans cette métaphorose presque accidentelle ; de la carnation on passe à l’incarnation.

Ailleurs dans Saut à ski, la jeune fille devient par d’infimes gestes (des mains qui équilibrent le corps dans l’air, un corps qui se réceptionne dans la pente) quelqu’un d’autre.

Deux figures duales ou fantomatiques qui rendent présent. L’essence même en d’autres termes de la représentation.

Vermeer présentait, aujourd’hui on représente. L’enjeu reste pour moi de tendre vers la présentation. Pour cela il faudra tôt ou tard sortir de l’art post-produit.

Mobile film festival - retour sur les films de poche conceptuels

Avant-hier je participais aux délibérations pour décider des prix décernés jeudi prochain, lors de la soirée de clôture.

Ce qui est toujours trés sympa dans ces jurys, c’est ce mélange d’insouciance, d’écoute et d’obstination dans le jugement. Les blagues fusent, les arguments sont reçus de bonne grâce et même repris, les tractations vont bon train et chacun défend son poulain. Et puis ça bouge, ça change, on revoit on repense, on tombe d’accord. A cet égard cette délibération était exemplaire.

C’est en revoyant Saut à ski que je me suis dit qu’on tenait là, avec La perle de Marguerite Lantz (projeté lors du dernier festival Pocketfilms), un genre naissant propre aux films de poche.

Voyons d’abord les vidéos (désolé, aucune ne supporte correctement les lecteurs embed).


La perle : la vidéo


Le saut à ski : la vidéo

Dans les deux vidéos une même économie de moyens, un souci plus ou moins assumé de rejouer une scène et de s’inscrire dans une certaine histoire de l’art. La perle cite Vermeer sans pour autant prétendre le redoubler exactement, et s’inscrit dans le courant d’un art contemporain post-produit.
Le saut à ski renvoie quant à lui inconsciemment à un courant contemporain qui rejoue les représentations, les gestes et les codes véhiculées par l’industrie du spectacle. Et l’on ne peut s’empêcher en découvrant la vidéo, de songer aux photos d’Edouard Levé et plus précisément à sa série “reconstitutions“.

Dans un cas, le geste semble réfléchi ; dans l’autre tout laisse à penser qu’il est spontané.

Dans La perle, l’image s’installe dans une certaine solennité, et son pouvoir d’évocation joue à plein. Son statut peu à peu se métamorphose, passant d’image fruste à icône. C’est tout le pouvoir de transsubstantiation du cinéma qui se manifeste ici.

En revanche le saut à ski prend d’emblée le tour d’une blague, mais s’avère exécuté avec une telle adresse qu’il en devient une performance. Là encore s’opère une conversion entre le début plutôt potache et la fin. Certes un rire bon public ancre la vidéo du côté de la farce, mais vérifie aussi le fait que la performeuse joue le jeu. Ca marche, on l’a vu sauté, ça s’est passé.

Les téléphones sont de petits objets permettant de faire de petits films. C’est-à-dire des films courts, modestes, miniatures, rapides, léger, fragiles. Des films de poche quoi, faits avec les moyens du bord, mais aussi des idées fuyantes qu’on attrape à la volée. Je pense que Saut à ski est une idée fuyante bien chopée au vol. Que La perle procède d’une croyance qui surpasse la modestie des moyens qui la servent. Dans les deux cas, les films sont au départ simples, et se voient modifiés comme par accident. Quelque chose se produit qui altère leur sens, le détourne et lui donne une dimension nouvelle.

Lors de la délibération, un argument repris ça et là était de dire que tel film dépassait les vidéos de téléphones portables, et plus littéralement les “transcendait”. Jamais un film de poche ne pourra mieux se “transcender” que lorsqu’il restera lui-même, sans céder aux facilités de la post-production et autres expédients de faiseurs. C’est peut-être bazinien de dire ça et un peu intégriste, mais j’assume complètement.

Ces quelques considérations hasardeuses permettent simplement d’éclairer sous un autre jour le rôle que joue le hasard dans la conception des films de poche. J’avais déjà abordé la question dans mon article du Mobilfest, mais jamais sous cet angle là.

2h02, un film de Chen-Huei SUN

Dailymotion
blogged video

++Chen-Huei SUN / videos, textes, photos++

Low res life

Il est vrai que les films expérimentaux traduisent parfois un manque d’idées. Ils mettent tout, ou/et détruisent tout, de peur de dire quelque chose, faute d’imagination ou de talent. C’est la reflexion que je me suis faite en sortant de DIVA dimanche dernier.
Ici on ne sait trop ce en quoi consiste la Low res life. Les pixels se soustraient les uns aux autres. C’est du scratch, littéralement. De l’image écorchée vive, ou plutôt tailladée, car il faut bien dire que c’est le travail d’un petit cancre sans idées.
J’en ai vu un autre à Pocketfilms le mois dernier. Comme quoi ce qui est nouveau n’est pas forcément bon. C’est un truisme, mais autant le garder à l’esprit.

++sechevere++

La nécessité

Je suis revenu d’Islande Samedi, trés fatigué et un peu triste je dois bien dire. Ce qui m’a frappé là-bas, c’est la vitalité de l’art. Il n’y a pas beaucoup de divertissement. C’est vrai pas mal de bockbusters americain, mais rien d’autre. Si bien que l’art devient quelque part une nécessité non pas pour tromper l’ennui, mais pour vivre, exister différemment sur cette terre dure et dévastée. C’est cette nécessité qui m’a frappé.

Dimanche j’étais triste car je n’ai trouvé dans aucun pocketfilms l’indice de cette nécessité.

Partir en Islande, c’est revenir à l’essentiel.

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Pocketfilms

Le programme Pocketfilms, c’est ici (pdf).

Octobre approche…

…et les premières vidéos de Pocketfilms montrent le bout de leur nez.

Une petite vidéo de Takako Yabuki - Qu’est-ce que tu cherches ? - à la fois intime, kitch et fleur bleue. Petit exercice de style qui nous emmène dans les tréfonds d’un Karaoké, à la découverte d’une chanteuse qui visiblement croit à ce qu’elle chante.

Qu'est-ce que tu cherches ? - Takako Yabuki - 2

Qu'est-ce que tu cherches ? - Takako Yabuki - 1

Deux vidéos de Chen-huei Sun, l’une sur la vie des pigeons à Paris ( et oui, ils parlent !) ; l’autre sur les lumières nocturnes, plus impressioniste et intimiste.

2h02 - Chen-huei Sun - 1

2h02 - Chen-huei Sun - 2

Pignons - Chen-huei Sun - 2

Deux vidéos de Carolina Saquel, l’une narrative et particulièrement subtile construite autour d’une trés belle citation ; l’autre sur un ballet de rollers élégamment monté, aperçu de loin et restitué presqu’en silence.

Quelle idée tiens, mettre des drones sur des images de rollers ! S’il y a bien un point commun à ces vidéos c’est leur impureté, leur tendance à éviter les formes classiques du cinéma, à emprunter au cut up, au ready made, à mêler les genres et livrer des images buisonnières pour ainsi dire, réfractaires à l’interprétation, qui digressent d’elles-mêmes.

Voilà pour le Fresnoy, le reste suit bientôt.