Archive pour la catégorie ‘Plateformes vidéos’

Retour sur Myspace et les festivals de cinéma

Je lis dans les Cahiers de ce mois-ci dans la rubrique “Offres”

En collaboration avec Myspace, “Un festival, c’est trop court” propose aux internautes de départager quatre courts métrages…

Je pense que ces petits festivals souhaitent toucher un nouveau public créatif, plus jeune et plus nombreux. Et ces festivals se disent que ce public est sur Myspace, qu’il faut aller l’y chercher. Ils se disent que Myspace est un instrument, un lieu a priori fertile sur lequel fleurissent une quantité de jeunes talents. Peut-être n’ont-ils pas tort. Mais la question n’est pas pour moi de savoir qui est sur Myspace mais plutôt comment tous ces gens communiquent et sur quoi. Ils communiquent en s’échangeant des bribes de phrases, en partageant les mêmes morceaux de musique, les mêmes photos ou dessins, les mêmes infos de concerts etc. Ils partagent la même vie, et cette vie est faites de sons éparpillés, d’images éclatées et d’évènements éphèmères. Ils sont en perpétuelle ébullition, toujours en quête du prochain groupe, album, concerts. Ils en veulent plus et cela se voit : profusion d’amis, d’images, de commentaires, de petits mots. On communique autour de profusion, on crée soit même un profusion de signes et de bruits.

Les festivals faisant le choix d’investir Myspace s’imaginent que ce lieu est fait pour eux, qu’ils y trouveront les talents nécessaires pour briller. Eux aussi veulent faire du bruit.

Organiser un festival, c’est être pragmatique, négocier au mieux sa visibilité afin de gagner en notoriété. Celle-ci reste le meilleur gage d’indépendance. Mais cette indépendance a un prix, celui de l’identité, celui de la justesse.

Un festival d’idées - Le blog de mes élèves à Paris III

J’ai le plaisir d’annoncer la création du blog du cours que je donne à Paris III. Il s’appelle Un festival d’idées, le groupe qui en a la charge est composé de Léo, Marina et Oriane, et son grand architecte est le trés dévoué et excellent Nicolas.

Le blog est encore trés jeune. Il se propose de synthétiser les travaux des différents groupes de travail. Chacun oeuvre dans un domaine particulier et doit présenter au terme du semestre une fiche technique dont l’objectif est de résumer une étape précise de l’organisation d’un festival : faire une demande de subvention, gérer la traduction des copies, leur assurance et leur transport, trouver les salles, planifier la communication, concevoir le site internet, etc.

J’ai certes avec ce cours et ce blog quelques idées derrière la tête, notamment celle d’initier une réflexion sur la mutation actuelle des festivals à la faveur de l’émergence de nouveaux modes de diffusions et de consommation des images. Je parle de “consommation” afin de pointer du doigt les effets induits par ce phénomène en terme d’expérience et de gout.

Plus précisément encore, j’entame une réflexion sur la manière dont les festivals peuvent trouver dans Internet un prolongement utile et pertinent. Ces jours-ci, de plus en plus de festivals créent leur webTV ou concluent des partenariats avec des plateformes vidéos et même des sites communautaires. Dans quelle mesure ces initiatives sont-elles bienvenues ? Le festival de Rotterdam annonce vouloir récompenser sur son site un court-métrage par mois et montrer à l’issue de la première année ces court-métrage dans le cadre d’une scèance spéciale. Avec New Arrivals, Rotterdam s’ouvre à Internet tout en reconnaissant ses limites et en confinant ces courts, aperçus dans de petites lucarnes, à des programmations hors-compétition. D’autres festivals font le pari des sites communautaires, afin de drainer vers eux plus de trafic et de mieux cibler les communautés de créateurs. Pari payant ou hasardeux ? A mes étudiants de voir, je reviendrai quant à moi sur ces questions plus en détail, peut-être sur ce blog, peut-être ailleurs (je m’éloigne des films de poche ces temps-ci).

Retour du Festival de Clermont-Ferrand - Le point aprés le Forum numérique

Aller-retour entre jeudi soir et dimanche matin un peu épuisant.

Vendredi, le Forum numérique s’est tenu sur fond d’actualité brulante. Alors que Viacom haussait le ton avec Google, le même Google vidéo - vaillamment représenté par Stefan Lechère - se voyait contraint de répondre aux questions de la non-moins vaillante juriste de la SCAM, Marie-Anne Ferry-Fall.

Le problème, au final, est bien simple. De leur côté les ayant-droits sont exaspérés de voir leurs contenus traités et exploités avec aussi peu d’égards. Et ils paraissent bien impuissants face aux sites vidéos qui construisent leur succès à leur dépends. Ces sites quant à eux arguent du fait (i) qu’ils sont hebérgeurs, (ii) que pour l’heure ils ne gagnent pas d’argent (Google vidéo du reste n’utilise pas encore adsense sur ses pages), (iii) que ces vidéos constituent en réalité une excellente publicité pour les ayant-droits. L’échange récent entre Viacom et Google résume à lui seul ce dialogue de sourds (cf. article de Paidcontent indiqué précédemment) :

Viacom à Google :

Filtering tools promised repeatedly by YouTube and Google have not been put in place, and they continue to host and stream vast amounts of unauthorized video. YouTube and Google retain all of the revenue generated from this practice, without extending fair compensation to the people who have expended all of the effort and cost to create it. The recent addition of YouTube-served content to Google Video Search simply compounds this issue. …. Our hope is that YouTube and Google will support a fair and authorized distribution model that allows consumers to continue to enjoy our very popular content now and in the future.

Google à Viacom :

It’s unfortunate that Viacom will no longer be able to benefit from YouTube’s passionate audience which has helped to promote many of Viacom’s shows. …

Bilan des courses. Les sites de partage de vidéos devraient plaider coupables : ils construisent leur popularité grâce à des programmes dont ils ne sont pas propriétaires. Ils disent ne pas pouvoir gérer la modération de ces contenus et ne pas en être responsable. C’est en partie faux. Ceci dit il est vrai que pour l’heure ils gagnent peu d’argent. Quand bien même le feraient-ils, il y a peu à parier qu’ils redistribueraient une part des recettes aux ayants-droits, sauf si bien sûr ils y étaient contraints. C’est dire que les deux parties en présence ne s’entendront que devant les tribunaux, cela me semble inévitable. Ceci dit, la question est relativement épineuse et mérite d’être adressée de manière nuancée. Il est vrai que Google et YouTube sont de forts vecteurs de publicité et de notoriété…précisément parce qu’ils sont populaires et qu’ils mettent à disposition un grand nombre de programmes autorisés ou non. Ce cercle vicieux explique l’attitude longtemps ambigüe de Viacom et avant elle de CBS à l’égard de Google vidéo (cf. Viacom teste Adsense).

Un autre problème concerne le statut de l’auteur. Statut menacé à l’extérieur : revenus qui se dispersent et s’effritent, dévaluation des créations et du statut d’auteur. A l’intérieur : émergence de nouvelles figures d’amateurs et de promateurs, n’ayant pas à proprement parler le statut (juridique) d’auteur. D’où cette question connexe mais vraiment importante dans le cas des sites vidéos. Quid de ce qu’on appelle le “user generated content”, quid du “user” et de ses droits ?

Et quid de ses devoirs ? Aziz Ridouan des audionautes a permis de répondre, insistant sur le fait que l’internaute n’était pas coupable de télécharger les musiques, et que c’était bien ailleurs qu’il fallait chercher les sources de financements complémentaires pour l’industrie culturelle, chez les opérateurs d’accès internet par exemple et les plateformes de partage de contenus culturels sur internet. Aziz a le mérite d’exposer les choses trés clairement et je vous invite à visiterle site de son association. Il fait avec elle un travail remarquable.

J’ai l’impression que tout cela permet d’envisager de manière plus fine les conditions de rémunérations des auteurs demain. Ces questions ne font qu’attester de la métamorphose progressive de l’industrie culturelle à la faveur de l’émergence de nouveaux moyens de diffusions et de partage. J’ai bon espoir que la situation - parallèlement à la consolidation de certains secteurs, notamment celui de la vidéo online - se clarifie à l’avantage des auteurs. Cela dit, cela se fera vraisemblablement pas la loi. Les audionautes l’ont bien compris.

Présentation du forum numérique (pdf)

Podcast audio du Forum

Ci-dessous une présentation de Google vidéo et une intervention de Marie-Anne Ferry-Fall :

Le podcast audio et la vidéo sont réalisés par CLB arimaj.

Capture me quick : vers la diffusion vidéo en temps réel de tout et de tous sur Internet

L’option “quick capture” proposée sur YouTube depuis peu n’est qu’une étape vers le streaming, et donc les vidéos live . Je ne sais véritablement s’il s’agit d’une innovation, ou si cela nous ramène aux premiers temps d’Internet et à sa première égérie, Jenni. Pendant ce temps, Dailymotion lance la jukebox, beau jouet qui permet directement de répondre à une vidéo par une autre vidéo sans même avoir à passer par Dailymotion. Là encore, derrière la (trés) bonne idée, c’est ni plus ni moins que le skype vidéo qui se profile, mais un skype public avec de l’UGC ayant à la fois valeur de contenu et de message. Les deux peu à peu se brouillent. Les vidéos se font plus créatives, alors même qu’elles remplissent toujours leur fonction phatique. Elles communiquent certes, mais en inventant les nouveaux termes de la communication online. D’où cette idée qui veut qu’Internet et plus précisément ces nouveaux outils favorisent l’émergence d’une parole singulière et inédite. A ce stade cela reste un peu théorique, mais déjà des communautés se structurent autour de figures (Lisa Nova, Lonelygirl, etc.). Des vidéos donnent peu à peu corps à un monde imaginaire et pourtant constamment incarné par des personnes bel et bien réelles. On dit bien “se faire son cinéma”. L’expression, dans ce contexte, change de sens. Elle se vérifie littéralement.

Evidemment, les conséquences sont plus grandes encore si l’on considère les vidéos mobloguées : des happening en live, des caméra cachées, des enquêtes choc. Le rapport à l’image est plus immédiat encore que celui définit par la télé, pour la simple raison qu’il échappe aux codes et à l’autocensure propre à cette dernière. Veeker l’a déjà montré avec sa dernière campagne Veek the vote. J’attends à présent le jour prochain, où Veeker ajoutera à son site une fonction “quick capture”. …Watch out !

Monkeyvision : les singes ont de l’avenir

Le nouveau Wired est tout frais tout chaud, et réserve ce mois-ci quelques beaux articles. En couv’, la jolie frimousse de Lonelygirl15, qui sous ses airs enfantins cache décidément bien son jeu. Au sommaire, un article de fond sur YouTube et une mise au point avec les inventeurs de Lonelygirl15. De nouveaux termes pour tenter de mieux cerner les évolutions à venir de la vidéo online, et deux ou trois recettes pour inventer les hits de demain.

On commence par “Monkeyvision”. Le mot a de quoi faire sourire, mais il rend bien compte du côté à la fois florissant et saugrenu des vidéos uploadées sur YouTube. Il n’en demeure pas moins que le terme est opaque. Bob Garfield - l’auteur de l’article - ne manque d’ailleurs pas d’accompagner celui-ci d’une suite d’exemples, qu’il a la bonne idée d’illustrer à l’aide d’une chaîne conçue à cet effet. 6 vidéos y sont présentées, drôles, grotesques, mignonnes, bref il y en a pour tous les gouts. Monkeyvision permet de mieux saisir l’aspect inachevé, inattendu, farfelu et parfois génial du user generated content.

La question est ensuite de savoir qui est le “monkey” dans l’histoire. Ceux qui postent ou ceux qui regardent ? Mauvaise question, car dans l’histoire ce qui compte ce sont les chiffres aprés tout. Et les chiffres disent que nous sommes tous des singes, que ceux qui postent et ceux qui regardent sont les mêmes, qu’ils se parlent en échangeant des mots mais aussi des vidéos. Monkeyvision est donc avant tout une affaire de communauté.

Le problème du singe, c’est qu’il est segmentant. Enfin, c’est ce que se disent les annonceurs, qui pensent encore en terme de masses. Bon, la segmentation n’est pas un risque. On va créer un groupe “cute cat” et un autre “speed car”, laisser les membre classer les vidéos, et placer des pubs ciblées.
…Oui, mais segmentant, segmentant, genre vraiment limite parfois, un peu trash et hors norme. Monkeyvision réserve des surprises et pas forcément toujours les bonnes. Bien sûr il y a des risques, l’annonceur peut acheter des mots clés (”cat” encore) et se retrouver accolé à la vidéo d’un goth dégustant un cadavre de chat (véridique !). Bref, voilà pour Monkeyvision : le règne des singes se profile, et ses termes peu à peu se précisent.

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Passons à Lonelygirl, qui commençait à s’ennuyer. Les deux petits prodigies ne sont pas peu fiers de parader dans Wired, et ils le méritent bien. Miles Beckett le dit et le répète à qui veut bien l’entendre :

It’s a new medium. It requires new storytelling techniques. (…) What’s needed, he says, is content that’s built specifically for the Web. It doesn’t need to be lit like a film – that would make it feel less real. The camera work should be simple. There shouldn’t be a disembodied third-person camera – a character is always filming the action.

Bon, on la fait courte et on essaye de regarder la chose de plus prés :

1/ Keep it short. (ou “snack-sized content“).

You make movies for the big screen, sitcoms for TV, and something else entirely for the Internet. That’s the lesson of Lonelygirl15.

Les vidéos elles-mêmes sont constituées de morceaux choisis, à la manière d’un best of, ce qui permet de rompre l’impression de durée et de multiplier les impressions. Il y a du coup un côté zapping…

2/ …mais un zapping sur une même figure, qui s’envisage comme un paysage à multiples facettes. Tout le monde y trouve son compte : Bree à une gueule de cartoon, de teenage, d’extra-terrestre, de ce que vous voulez. Personne ne pense la même chose, et c’est ça qui plait à tout le monde. Raconter une histoire, c’est comme partager un mythe : sa puissance réside dans sa capacité à nous faire imaginer, à nous faire voir ce qu’on veut y voir. 2/ Gueule > mythe

3/ Realité/fiction : la distinction n’est plus opérante, le fait que tout le monde apprenne que Bree s’appelait en fait Rose n’a rien changé, du moins en terme de trafic. Dans “Storytelling” il y a “story”. Aprés qu’elle soit vraie ou fausse, what’s the hell, comme ils disent.

4/ Evidemment, il y a l’écriture. Là il faut être malin, et regarder du côté des séries. Ces monkeys savent bien où aller chercher l’inspiration, du moins lorsqu’il s’agit de distiller dans la narration quelques tricks, coups et rebondissements. Et là il n’y a pas photo. La première vidéo à atteindre les 500 000 l’a fait grâce à un trick : “my parents suck” (sic !).

5/ Je ne sais pas encore. L’étude des singes est un exercice long et fastidieux.

++Podcast bonus de l’entretien (Wired)++

J’en profite pour signaler un nouveau venu : ça s’appelle NewTeeVee, et c’est un blog Giga OM (qui commence à faire pas mal de petits).

Movy.tv

Encore un nouveau venu sur le marché des plateformes de vidéos conçues par et pour les mobiles.

movy.tv is a revolutionary mobile media sharing system. Created by Movidity and based on our advanced patent-pending technology, movy.tv allows practically anyone to upload and share media with mobile devices worldwide. movy.tv empowers users to mobilize practically any archived or live content across a wide range of mobile devices.”

Ceci dit, il est fort probable qu’il se passe trés bientôt la même chose en France, Dailymotion rendant son contenu accessible sur les mobiles. Cela reviendra strictement au même.

YouTubers

C’est sans doute extrêmement cheesy, mais je trouve le montage assez bien vu et plutôt efficace. La vidéo offre en outre une bonne synthèse de ce que YouTube donne à voir.

Veeker goes live

Veeker est disponible depuis ce matin. C’est la première plateforme entièrement dédiée aux vidéos filmées avec des cameraphones. Le site considère néanmoins avant tout ces vidéos comme des vecteurs de communication. Comme l’indique son nom - Veeker < Veeks < video peeks < instant video communications - il s’agit de vidéos instantanées qui ne valent que par le message qu’elles transmettent. A moins qu’il n’y aie aussi de la vidéo qui n’exprime rien, du “tu vas bien”, “il fait beau hein”, qui ne se justifie que parce qu’il met en relation. De la vidéo dans sa fonction purement phatique, sous une forme qu’on ignorait jusque là.

Si vous voulez essayer ou en savoir plus.

Veek on ! comme ils disent.

YouTube music

Ce type d’opération confirme pour moi la convergence croissante de la vidéo et de la musique. Les clips vont permettre à la fois de découvrir et de promouvoir des musiciens. C’est dire que la vidéo va jouer un rôle croissant. Dés lors, qui du vidéaste ou du musicien tirera le plus partie d’un succès ? C’est du win-win à tous les coups. A moins bien sûr que les clips musicaux soient le fait du plus grand nombre, comme le suggére Beck dans un récent entretien accordé à Wired.

En terme de films de poche, c’est plus que prometteur. Cela ouvre je trouve de bien belles perspectives.

Google To Acquire YouTube for $1.65 Billion in Stock !

Press release

L’analyse de Om

Etrange silence sur le blog de YouTube.

Et maintenant, quid de Google Vidéo, qui draîne 4 fois moins de trafic que YouTube ?