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Du film de poche à la TV

Dans son édition de septembre, Wired titre sur la télé de demain. pas étonnant que le mobile occupe dans cet important sujet une place de choix. En réalité, la TV sur mobile est déjà une réalité en Asie et plus particuliérement en Corée du Sud et au Japon. Selon Wired, plusieurs companies americaines sont déjà sur le créneau, parmi lesquelles Crown castle et Qualcomm. La TV sur mobile aux Etats-Unis, c’est pour fin 2006. Et la France dans tout ça ? 2005 fut l’année des expérimentations, 2006 sera l’année de l’arrivée de la TV sur les mobiles.

La question est de savoir si l’on sera prêt à regarder la tv sur notre mobile comme on le fait dans son canapé, et contre toute attente, il semble que cela se vérifie. Vincent Passerat me racontait qu’en Corée du Sud, il est même fréquent que des usagers regardent la tv sur leur mobile chez eux ! Etonnant, et a priori absurde. Quoi qu’il en soit, les analystes tablent sur un grand succès de ce service, et une source importante de revenus à terme pour les opérateurs. Reste à ces derniers à faire évoluer leur tarification en fonction d’usagers pour l’heure retiscents à acheter leurs vidéos à l’unité. Qui dit pourtant qu’une fois la tv disponible sur le mobile, les consommateurs ne s’orienteront pas vers des solutions de vod ? Tout dépendra des prix.

Les films de poche : bref aperçu du marché

La production de vidéos adaptés aux mobiles et aux autres écrans nomades est d’ores et déjà trés importante. Certains producteurs bénéficient de la position de premier entrant et disposent d’un catalogue particulièrement riche. C’est le cas de Cinema Electric qui a su développer très en amont des produits adaptés au support mobile et répondre d’emblée à une demande globale. Depuis l’introduction du téléphone 3G, les grands groupes sont entrés sur le marché, en créant des filiales de production aussi bien aux Etats-Unis (Fox) qu’en Europe (Endemol Mobile). Ces groupes jouent à la fois le rôle de producteurs et d’éditeurs, en recyclant en partie leur catalogue télévision et en capitalisant sur leurs marques respectives (24 heures, Big Brother, The Farm, etc.). En France, des groupes audiovisuels ont signé des partenariats avec des opérateurs mobile (Canal + avec Orange) afin de proposer sous une forme adaptée leurs différents programmes. D’autres sociétés plus petites créées autour de journalistes du PAF proposent des contenus spécifiques ayant trait à l’info et au sport.

Parmi les éditeurs de contenu, on retrouve toujours les grands groupes internationaux, aux côtés desquels apparaissent des acteurs -essentiellement éditeurs- qui se contentent d’acheter des licences. Ces éditeurs sont souvent des filiales de grands groupes audiovisuels et de téléphonie mobile achetant en masse les droits sur les programmes. En France, figure un acteur incontournable – Wonderphone – sur le marché français de la vidéo et du jeu vidéo pour le mobile. Se distinguent au second plan quelques nouveaux venus plus jeunes tels que TVformobile qui occupent des créneaux similaires, ceux du loisirs, de l’humour, de l’information et de l’érotisme. Ces éditeurs travaillent sur des catalogues relativement conventionnels en liens directs avec des acteurs de la télévision et du cinéma. Ils mènent dans tous les cas une politique active de « licensing » afin de doter leur catalogue de produits identifiables et attrayants.

En terme de diffusion de contenu vidéo, le marché est saturé et mal structuré : entre les acteurs internet tels que Atomfilms et ifilms, et les acteurs généralistes plus spécifiquement tournés vers le mobile (MobiTV), il devient difficile de se faire une place, d’autant que ces sites sont le plus souvent adossés à d’importants groupes (ifilms appartient à MTV) ou entretiennent avec eux des liens privilégiés (MobiTV diffuse une importante quantité de chaînes américaines). S’ajoutent à ces acteurs les sites spécialisés dans l’humour (funlittlemovies par exemple) ou encore dans l’information (rocketboom, mobuzzTV). Autant dire que le marché déjà est bien encombré, les opérateurs ayant du reste leur propre TV (SFRTV, Vodafonelive, Orange World video, etc.).

Un marché en quête de valeurs

La majeure partie des acteurs du marché du mobile manquent de visibilité. Certes, des tendances se dessinent, et les grands groupes (Fremantle, endemol) s’engagent à corps perdu dans la bataille, attirés par les projections mirifiques annoncées par les cabinets d’études.

Dans une étude publiée en juin 2005 et commanditée par Netsize et Global Interface, Novatris identifie plusieurs freins à la croissance du contenu vidéo sur mobile. Le prix unitaire tout d’abord n’est pas un problème en soi, puisqu’il est appelé à disparaître naturellement au profit d’un abonnement forfaitaire. Deux autres freins méritent davantage l’attention : le manque d’intérêt des consommateurs et l’insuffisante qualité des contenus. Ces deux problèmes s’expliquent par le fait que le marché du 3G est encore relativement jeune et que l’offre y est encore peu segmentée. Il y a donc un problème de contenu, décliné selon des grilles empruntées à la télévision, et un problème de cibles (aucune cible pour l’heure n’est identifiée avec exactitude, mise à part les trendsetters, les cadres supérieurs et les adolescents). Tous les acteurs précités se contentent de proposer un contenu appartenant toujours aux mêmes catégories : info, sport, humour, cartoon, séries, real-tv, érotisme, autrement dit rien – en dehors de la durée - qui ne soit véritablement conçu pour le téléphone portable et son usage spécifique. Rien non plus qui n’intègre véritablement la dimension personnelle, intime de l’utilisation de cet appareil et ne s’adresse par conséquent à des communautés spécifiques.

Un marché encore pauvre

Tout le bruit et les informations entourant ce marché en masque mal la situation réelle. Les grands groupes de la télévision y règnent en maître et laissent peu de place aux acteurs isolés, nécessairement moins riches en moyens et en contenu. Les opérateurs eux-mêmes ne se donnent pas les moyens d’accéder à un contenu original ou préfèrent l’acheter à peu de frais, comme le fait Orange, et plus généralement optent pour le « revenu sharing ».