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Retour du Festival de Clermont-Ferrand - Le point aprés le Forum numérique

Aller-retour entre jeudi soir et dimanche matin un peu épuisant.

Vendredi, le Forum numérique s’est tenu sur fond d’actualité brulante. Alors que Viacom haussait le ton avec Google, le même Google vidéo - vaillamment représenté par Stefan Lechère - se voyait contraint de répondre aux questions de la non-moins vaillante juriste de la SCAM, Marie-Anne Ferry-Fall.

Le problème, au final, est bien simple. De leur côté les ayant-droits sont exaspérés de voir leurs contenus traités et exploités avec aussi peu d’égards. Et ils paraissent bien impuissants face aux sites vidéos qui construisent leur succès à leur dépends. Ces sites quant à eux arguent du fait (i) qu’ils sont hebérgeurs, (ii) que pour l’heure ils ne gagnent pas d’argent (Google vidéo du reste n’utilise pas encore adsense sur ses pages), (iii) que ces vidéos constituent en réalité une excellente publicité pour les ayant-droits. L’échange récent entre Viacom et Google résume à lui seul ce dialogue de sourds (cf. article de Paidcontent indiqué précédemment) :

Viacom à Google :

Filtering tools promised repeatedly by YouTube and Google have not been put in place, and they continue to host and stream vast amounts of unauthorized video. YouTube and Google retain all of the revenue generated from this practice, without extending fair compensation to the people who have expended all of the effort and cost to create it. The recent addition of YouTube-served content to Google Video Search simply compounds this issue. …. Our hope is that YouTube and Google will support a fair and authorized distribution model that allows consumers to continue to enjoy our very popular content now and in the future.

Google à Viacom :

It’s unfortunate that Viacom will no longer be able to benefit from YouTube’s passionate audience which has helped to promote many of Viacom’s shows. …

Bilan des courses. Les sites de partage de vidéos devraient plaider coupables : ils construisent leur popularité grâce à des programmes dont ils ne sont pas propriétaires. Ils disent ne pas pouvoir gérer la modération de ces contenus et ne pas en être responsable. C’est en partie faux. Ceci dit il est vrai que pour l’heure ils gagnent peu d’argent. Quand bien même le feraient-ils, il y a peu à parier qu’ils redistribueraient une part des recettes aux ayants-droits, sauf si bien sûr ils y étaient contraints. C’est dire que les deux parties en présence ne s’entendront que devant les tribunaux, cela me semble inévitable. Ceci dit, la question est relativement épineuse et mérite d’être adressée de manière nuancée. Il est vrai que Google et YouTube sont de forts vecteurs de publicité et de notoriété…précisément parce qu’ils sont populaires et qu’ils mettent à disposition un grand nombre de programmes autorisés ou non. Ce cercle vicieux explique l’attitude longtemps ambigüe de Viacom et avant elle de CBS à l’égard de Google vidéo (cf. Viacom teste Adsense).

Un autre problème concerne le statut de l’auteur. Statut menacé à l’extérieur : revenus qui se dispersent et s’effritent, dévaluation des créations et du statut d’auteur. A l’intérieur : émergence de nouvelles figures d’amateurs et de promateurs, n’ayant pas à proprement parler le statut (juridique) d’auteur. D’où cette question connexe mais vraiment importante dans le cas des sites vidéos. Quid de ce qu’on appelle le “user generated content”, quid du “user” et de ses droits ?

Et quid de ses devoirs ? Aziz Ridouan des audionautes a permis de répondre, insistant sur le fait que l’internaute n’était pas coupable de télécharger les musiques, et que c’était bien ailleurs qu’il fallait chercher les sources de financements complémentaires pour l’industrie culturelle, chez les opérateurs d’accès internet par exemple et les plateformes de partage de contenus culturels sur internet. Aziz a le mérite d’exposer les choses trés clairement et je vous invite à visiterle site de son association. Il fait avec elle un travail remarquable.

J’ai l’impression que tout cela permet d’envisager de manière plus fine les conditions de rémunérations des auteurs demain. Ces questions ne font qu’attester de la métamorphose progressive de l’industrie culturelle à la faveur de l’émergence de nouveaux moyens de diffusions et de partage. J’ai bon espoir que la situation - parallèlement à la consolidation de certains secteurs, notamment celui de la vidéo online - se clarifie à l’avantage des auteurs. Cela dit, cela se fera vraisemblablement pas la loi. Les audionautes l’ont bien compris.

Présentation du forum numérique (pdf)

Podcast audio du Forum

Ci-dessous une présentation de Google vidéo et une intervention de Marie-Anne Ferry-Fall :

Le podcast audio et la vidéo sont réalisés par CLB arimaj.

Des téléphones dans les écoles de cinéma

Prêter des téléphones à des élèves, leur faire réaliser un série pour la diffuser sur les mobiles, c’est l’idée de Amp’d mobile. Bien sûr les étudiants valideront ces travaux pour leurs crédits.

Via picturephoning

Veeker goes live

Veeker est disponible depuis ce matin. C’est la première plateforme entièrement dédiée aux vidéos filmées avec des cameraphones. Le site considère néanmoins avant tout ces vidéos comme des vecteurs de communication. Comme l’indique son nom - Veeker < Veeks < video peeks < instant video communications - il s’agit de vidéos instantanées qui ne valent que par le message qu’elles transmettent. A moins qu’il n’y aie aussi de la vidéo qui n’exprime rien, du “tu vas bien”, “il fait beau hein”, qui ne se justifie que parce qu’il met en relation. De la vidéo dans sa fonction purement phatique, sous une forme qu’on ignorait jusque là.

Si vous voulez essayer ou en savoir plus.

Veek on ! comme ils disent.

YouTube music

Ce type d’opération confirme pour moi la convergence croissante de la vidéo et de la musique. Les clips vont permettre à la fois de découvrir et de promouvoir des musiciens. C’est dire que la vidéo va jouer un rôle croissant. Dés lors, qui du vidéaste ou du musicien tirera le plus partie d’un succès ? C’est du win-win à tous les coups. A moins bien sûr que les clips musicaux soient le fait du plus grand nombre, comme le suggére Beck dans un récent entretien accordé à Wired.

En terme de films de poche, c’est plus que prometteur. Cela ouvre je trouve de bien belles perspectives.

Google To Acquire YouTube for $1.65 Billion in Stock !

Press release

L’analyse de Om

Etrange silence sur le blog de YouTube.

Et maintenant, quid de Google Vidéo, qui draîne 4 fois moins de trafic que YouTube ?

Moreorless

Cette étude met en avant un fait troublant :

“By 2009, the cumulative number of camera phones shipped since the inception of the camera phone category in this millennium will exceed the total number of all film and digital cameras shipped in the entire history of photography since the 1800s. It is a mind-boggling forecast that is really shaking up all corners of the consumer imaging world.”

Je ne sais si le plus frappant dans ces quelques lignes est le fait qu’on parviennent aussi rapidement à une stricte équivalence de volumes (2 siècles contre à peine 3 ou 4 ans), ou que les cameraphones soient de plus en plus considérés comme une alternative par rapport aux appareils photos et aux caméras vidéo.

Cela rappelle les belles ambitions de Nokia et indique un glissement en terme d’usages. En fonction de la généralistation et du perfectionnement de ces outils, les appareils photos et caméras vidéos seront progressivement reservés à un usage professionnel et artistique. Du reste, ne le sont-ils pas un peu déjà ?

Dés lors, face à la muliplication des cameraphones et leur miniaturisation, la question n’est-elle pas de savoir si “Less is more” (comme le clame par exemple Motorola avec son Razor) ou “more is less” ?

Je dirais pour ma part : augmentation des images d’une part, limitation de l’image de l’autre. A cela prés que cette limitation participe d’une redecouverte d’une sorte d’Arte povera vidéo assez fleurissant ces temps-ci en Europe.

Un peu de stats

La vente de camera-phones grimpe et booste la consommation de MMS…en attendant les films de poche, qu’on s’enverra comme de petits haikus.

Voir aussi ces stats : 1,5 milliards de camera phones en 2010

Une boîte de tueurs

Vu sur MocoNews. Même si l’info date un peu, elle a eu le mérite de me faire beaucoup rire :

“Anssi Vanjoki, Nokia’s head of multimedia unit, has reportedly told the Financial Times that mobile phones will “deal a final blow” to the portable music player and video camera industries, similar to the prediction by Nokia in 2000 that the camera industry would disappear…”In the next 6-12 months, there will be more of these announcements. The next to disappear will be the makers of music devices and then the manufacturers of video cameras,” Vanjoki was quoted as saying.”

James de Moco a ce titre bien ironique “Nokia kills everything”. C’est ça qui étonne à première vue, que l’on puisse avoir une telle prétention, une telle certitude qu’en si peu de temps un objet, pour la simple raison qu’il offre une fonction nouvelle jusqu’à présent offerte par d’autres objets, eclipsera ces derniers jusqu’à les faire disparaître. Le plus extraordinaire est que pour cet Anssi Vanjoki les choses paraissent aussi simples. Certes un MP3 reste un MP3, et lorsque les téléphones seront vendus avec des disques durs ou des cartes de 20G, là oui le ipod deviendra inutile. Mais la question se pose en des termes différents avec les caméras car en réalité, les “cameraphones” stimulent les ventes des caméras DV de meilleures qualités.

La fin des blockbusters !

Chris Anderson sur The long tail n’en finit pas d’enfoncer le clou sur la fin annoncée des blockbusters, déjà 4 posts sur le sujet, avec force graphiques et analyses. En substance, les coûts de production ne cessent de progresser, tandis que les entrées baissent et ne sont pas prêtes de remonter (avec la multplication des plateformes de diffusion, les essais de lancement simultané - cf. Le dernier film de Soderbergh, et bien sûr l’amélioration constante des projecteurs vidéos). Bien sûr, ce genre d’annonces fait un effet boeuf, et tend à dramatiser davantage encore les conséquences à moyen termes qu’ont le développement de nouveaux modes de diffusion, l’apparition de nouveaux usages, et le développement de nouveaux modèles économiques. J’ignore si les blockbusters sont aussi menacés que cela. Rien n’empêche les studio americains de basculer complétement vers des technologies numériques susceptibles de réduire leurs coûts de production, tout en optant pour de nouvelles stratégies de diffusion. Dans tous les cas, il me paraît impossible que les blockbusters americains disparaissent, ils sont économiquement et symboliquement prédominants dans le monde entier. Il serait plus juste de dire que dans leur forme ou leur économie actuelle, ils sont condamnés à disparaître. Reste à savoir quelles solutions seront inventées par le studio en réponse aux évolutions imposées par les nouvelles technologies. Autant donc ne pas parler de disparition mais d’adaptation, étant entendu que ces technologies présentent autant de risques que d’opportunité en terme de business.

Brightcove

Cela sonne comme une évidence, mais encore faut-il le rappeler , avec cette annonce de Brightcove :

“Our notions of print and broadcast media will continue to shift tremendously over the next five to ten years, during which time we’ll see magazines, newspapers, broadcasters and cable networks transform their output and their properties - but maintain the integrity of their voice, their brands and what they mean to their readers and viewers.”

Cette profession de foi de Brightcove permet de recadrer le débat : peu importe de savoir si Le Monde propose une nouvelle version papier, le plus important est d’observer l’emploi qu’il fait des portofolios, des podcasts et des vidéos sur son site. Il y a quelque mois, le CEO d’ESPN annonçait dans WIRED qu’il ne se considérait plus comme une chaîne sportive mais simplement comme un producteur et un diffuseur de contenu sportif, présent sur plusieurs plateformes de diffusion, de différentes manières. D’où ce constat évident : à terme, la frontière tendra à disparaître entre chaîne de TV, presse papier et radios. Les stratégies multi-plateformes se mettront en place autour d’un sujet, d’un ton, d’une image de marque ou d’une marque tout court.