Archive pour la catégorie ‘Critiques’

Puppets

Je ne peux pas m’empêcher de penser, en voyant cette vidéo (toujours réalisée avec un Nokia 6630), à Blade runner. J’ignore pourquoi, sans doute à cause de l’étrangeté de ce visage, de son côté à la fois enfantin et horrible. Plus précisément, il s’agit d’un visage in-forme, d’un visage qui serait un masque, quelque chose qui ne serait là que pour faire illusion sans pour autant masquer ce qui se tient dessous. Ici la folie (crazyman est le nom qu’il s’est donné). Quand je vois ce visage, je ne pense pas au cirque, mais à la science-fiction. Cela doit être générationnel.

Cet effet de masque est aggravé si je puis dire par le flottement de l’image, réduite à l’état de membrane. L’image 3gp n’est pas une image HD extrêmement dégradée. Cette dernière a plusieurs dimensions, une épaisseur, un corps. L’image 3gp au contraire n’existe pas, elle est une illusion et n’est que temporaire. Elle capte à peine ce qui passe, elle est presque du temps en train de passer.

++crazymondario++

Update : en regardant Prison Break, j’ai réalisé que cette figure m’évoquait un autre visage. La seconde figure du savant fou qui me vient directement est celle de Peter Stormare dans Minority Report. J’adore cet acteur, pour tout dire il me fascine.

Bugs

Seuls quelques bugs conférent à cette petite vidéo une temporalité, sans quoi elle serait réduite à l’état de carte postale ou de papier peint. Certes il y a les oiseaux, mais paradoxallement on y croit pas, ou moins qu’à ces bugs, car c’est eux qui font croire à la vidéo et rien d’autre.

Doggy style

Doggyfication of the world. Madeleine, Alexandra Compain-Tissier, Vincent Bergerat.

Je me suis fixé la règle de découvrir une vidéo de Vincent Bergerat tous les jours. Et le plaisir, à chaque fois, est croissant.

Ici c’est le vide qui se remplit d’aboiements. Le cadre est fixe et la distance peu à peu se creuse. Quelque chose nous arrive qui n’est pas bienveillant. Quelque chose de bloqué, de crispé, qui saute à la gueule. Et puis c’est le renversement, le petit pied de nez, la réduction ridicule de l’aboiement idiot. Brutus, Brutus, Brutus est un précis d’idioties canines. Ce que je préfére sans doute, c’est l’aboiement à moitié réprimé de Vincent Bergerat derrière le téléphone : il film le chien qui lui demande “mais qu’est-ce que tu me veux ?” Et Vincent aboit. Seul, derrière la caméra, devant le chien. Retour à l’envoyeur.

The Hunt - Vincent Bergerat

Bien sûr ce côté profondément burlesque : tous ces gestes dans le vide, sans objet apparent, à la fois maladroits et héroîques, évoquent les récits épiques et les jeux d’enfants. La parole elle-même semble catastrophée, réduite à l’état d’onomatopées. The hunt est une scène éternellement rejouée, réduite ici à sa plus simple expression, ou devrais-je dire augmentée par un joli sens du détail. Tout ces plans sérrés sur les outils par exemple, le premier notamment sur cet espèce de balais à serpière qui prend d’un coup l’aspect d’une arme bien étrange. Tous ces plans fonctionnent à merveille comme autant de clins d’oeil subtils.

La catastrophe dans le burlesque, c’est ici (Keaton et Lloyd), et (Sokurov).

++Vincent Bergerat++

Octobre approche…

…et les premières vidéos de Pocketfilms montrent le bout de leur nez.

Une petite vidéo de Takako Yabuki - Qu’est-ce que tu cherches ? - à la fois intime, kitch et fleur bleue. Petit exercice de style qui nous emmène dans les tréfonds d’un Karaoké, à la découverte d’une chanteuse qui visiblement croit à ce qu’elle chante.

Qu'est-ce que tu cherches ? - Takako Yabuki - 2

Qu'est-ce que tu cherches ? - Takako Yabuki - 1

Deux vidéos de Chen-huei Sun, l’une sur la vie des pigeons à Paris ( et oui, ils parlent !) ; l’autre sur les lumières nocturnes, plus impressioniste et intimiste.

2h02 - Chen-huei Sun - 1

2h02 - Chen-huei Sun - 2

Pignons - Chen-huei Sun - 2

Deux vidéos de Carolina Saquel, l’une narrative et particulièrement subtile construite autour d’une trés belle citation ; l’autre sur un ballet de rollers élégamment monté, aperçu de loin et restitué presqu’en silence.

Quelle idée tiens, mettre des drones sur des images de rollers ! S’il y a bien un point commun à ces vidéos c’est leur impureté, leur tendance à éviter les formes classiques du cinéma, à emprunter au cut up, au ready made, à mêler les genres et livrer des images buisonnières pour ainsi dire, réfractaires à l’interprétation, qui digressent d’elles-mêmes.

Voilà pour le Fresnoy, le reste suit bientôt.

Quoi de neuf ?

Bien, j’ai regardé pas mal de films et un gros mois a passé durant lequel j’ai pu m’approprier mon nouveau téléphone de poche. Franchement, je ne sais pas par quoi commencer. Peut-être de manière introductive identifier ça et là des tendances, histoire d’établir une petite géographie des lieux.

Silhouette

D’abord cette tentation que je retrouve dans plusieurs films de poche, qui est celle du metafilm. Certains s’interrogent sur la possibilité de créer, de dire, d’émouvoir avec l’image. Ils annoncent leurs effets, avant d’y recourir du coup de façon quasi brechtienne. C’est Mathieu Saura avec TOURNER EN ROND ET SE LAISSER CONSUMER, qui d’un coup lâche les violons et joue de son téléphone, accélére l’image pour la faire décoller. Cela marche bien, étonnamment même, mais toujours reste cette distance, cette reserve vis-à-vis d’une image fabriquée et quelque part instrumentalisée. Ailleurs, chez Benoît, cette petite série de metafilms qui chacuns reviennent sur l’image du téléphone (Plan séquence 11), la mise-en-scène qu’il permet (plan séquence 5), le hasard qu’il accueille, l’initimité qu’il rend ou non possible (plan séquence 6). Le film, la voix s’interroge sur ses propres moyens, fait inéluctablement retour sur elle-même, un peu à la manière de Christophe Atabekian dans ses premiers Phonebills, sur le ton du commentaire, mais un commentaire cosubstantiel au film. Le metafilm c’est le double jeu, l’impossibilité d’une prise immédiate et fulgurante avec l’image que pourtant le téléphone encourage ; et en même temps l’impression d’une aventure : je témoigne d’un changement, mieux j’en jouis.

Pixels

Il y a toujours chez Benoît, dans les vidéos les plus récentes d’ailleurs (ça n’est pas un hasard), ce goût du récit, du détournement, de l’histoire simple racontée simplement, avec un musique fragile, étirée, étiolée. L’hymne à la joie par exemple, presque desagrégé. Dans ces films de poches ( Plan séquences 8, 12 et 13), on retrouve assez étrangement le ton d’Arnaud des Pallières dans Disneyland, mon viex pays natal. La composition musicale est également dans l’esprit relativement proche de ce que Martin Wheeler fait par exemple dans Adieu avec Vivaldi. Ces films se révélent plus justes et plus efficaces dans la mesure où ils attestent d’une plus grande économie, d’une retenue et en même temps d’une certaine sincérité. Leur ton est direct. Il faut songer à la voix de des Pallières dans Disneyland, c’est à cette voix que je songe en regardant Incident à la sortie, à cette manière de détourner, de pirater d’un coup le réel en le rendant dans le même temps plus clair et plus inquiétant (cf. méditation #1 de Christophe Atabekian). Le film de poche est un appareil de prise de notes qui permet de capter de la matière mais aussi de la scanner ou de la troubler. C’est sur la matière que doit porter le travail et sur le ton de films qui peu à peu se simplifient, comme l’écriture se débarasse avec le temps de ses effets superflus, comme une pierre polie par les âges (et le travail du temps) tend vers sa forme finale, essentielle.

Benoît - Cayac

Ce qui m’amène naturellement à cette citation de Benoît :

“Mais manipuler, manipuler, est-ce cela que je souhaite ? Non, je crois que je ne veux plus manipuler les images, mais au contraire les laisser parler, laisser exister mon regard, le regard de mon geste sur ce qui fut là, face à ce petit objet au creux de ma main. Choisir ce que je montre, susciter l’échange.

Alors le plan-séquence : faire du montage non pas dans la caméra, mais faire du montage au réel : marcher, s’arrêter, faire un geste, regarder là, et puis bouger le bras, regarder ailleurs. Ecrire en images l’histoire qui se raconte en moi quand je suis là, transmettre cette histoire, recevoir le regard de l’autre, et s’enrichir mutuellement de nos perceptions.”

J’ai bien l’impression en revanche en voyant les premiers films que la manipulation est encore là, surtout dans la musique et les effets sonores qui imposent leur lot de sens, d’ambiances et d’intentions. L’image ainsi se voit parasitée, et le souffle qu’elle porte contrarié par un son omnipotent qui comble l’espace entier. Bien sûr, c’est mon côté bazinien intégriste qui parle ici. Bazin d’ailleurs n’était pas contre les plan-séquences, au contraire. Mais le son joue pour moi autant que l’image et je trouve en l’occurence qu’elle en souffre, du moins au début.

C’est la raison pour laquelle je parle de pierre polie et toujours à polir. Parce que les films de poches tout comme les autres films doivent tendre vers leur forme nécéssaire. Parce qu’un film de poche reste un film, pas un exercice de style. Parce qu’en pratiquant le film de poche tous les jours, on avance plus vite, au plus juste. Le maître mot du film poche aujourd’hui c’est l’économie. Economie de l’oeuvre en dépit de tant de rushes, économie en dépit de la tentation des effets, de bluffer, de masquer la misère des plans. Economie de l’oeuvre comme le signe d’une foi dans l’image. Economie de l’oeuvre comme le passage progressif du film de poche à l’âge de raison.

Une autre citation de Christophe :

“Pas le courage de monter le Phone Bill d’aujourd’hui. D’ailleurs je ne sais pas s’il doit y en avoir d’autres. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je crois qu’il faut faire autre chose, maintenant. Radicalement.”

La perplexité. La routine. Le doute. Tout cela joue en faveur de l’économie, de la forme juste, adéquate, nécéssaire. Sans doute en effet faut-il échapper aux recettes, quand bien même celles-ci fonctionneraient, ne plus s’en satisfaire même si le risque est grand de se perdre à nouveau dans le champ des possibles.

Dernière phrase de Saint Beuve trouvée dans le bon dictionnaire auquel je renvoie dans cette page : “Hier, un violent disciple de Balzac souffletait Vauvenargues (…) pour avoir dit que ce n’est pas assez d’avoir de grandes facultés, qu’il faut en avoir l’économie.”

PS : Merci à Nathalie pour m’avoir indiqué la source de certaines de ces citations.

Nocturnes, l’accueil critique

Pardon pour ce long silence. Cannes oblige, le temps m’a cruellement manqué. Au programme de Cannes, deux séances des Nocturnes pour le roi le Rome. L’enjeu de cette projection était avant tout d’inviter le public à se confronter à cette image, à se laisser surprendre et séduire, enfin à la prendre au sérieux, à saisir ce qu’elle faisait entrevoir.
Côté critique, certains articles paraissent étranges. Celui du Monde par exemple, est bien enthousiaste mais se contente timidement de raconter le film, sans pour autant rentrer dans les détails ni dépasser les éternels adjectifs (envoûtant, déroutant, poétique, “images trés belles”, etc.). Difficile d’un autre côté d’écrire un tel article dans l’urgence du festival. Cela se ressent forcément.

Ailleurs, dans Variety, l’article saisit en deux trois mots (toujours dans l’urgence) l’esprit ou du moins l’ambition du film. Et ça n’est pas triste. Le film se voit ainsi réduit à une sorte de jeu (”an experimental gamble”), justifié par le seul emploi du téléphone portable. Justifié ou motivé, encore une histoire d’appréciation. Comme si l’exercice était gratuit, qu’il valait par son seul aspect neuf et inédit.

C’est le paradoxe des grands festivals que d’offrir à la fois le maximum de visibilité, et le moins de temps possible de digérer et réfléchir les films.

On finit en beauté avec un petit portrait dans les inrocks de cette semaine qui se termine sur ces mots “Jean-Charles Fitoussi saura-t-il être le Mozart de la téléphonie mobile ?”. Je ne sais trop quoi penser d’une telle chute. Drôle ou pathétique, juste, dans le sens où une critique est un peu juste, un peu limite, un peu faible, un peu lâche. La critique lâche, désagrégée comme l’image du téléphone, qui ne recouvre rien.

Des films de poches, pourquoi ?

Pocket cinema / San Fransisco Film Festival
Le festival de San Fransisco s’y met et se dote d’une section Pocket cinema. Les quelques videos faisant partie de cette section et disponibles sur internet (Spookspeak et Suprematist Kapital) ne font guère impression, petits exercices de style sans grand interêt, dont on voit mal dans quelle mesure ils ont comme l’annonce le festival été conçus pour les téléphones mobiles. Certes l’un d’entre eux joue sur les mots et évoque de manière plus ou moins évidente les programmes d’écoute échelon…inutile de dire qu’il vaut mieux pour comprendre ces films se menir d’un bon manuel. Bref, sans grand interêt. Petite misère de ces programmes qui, sous couvert de nouveauté et de modernité, présentent de pauvres films sans originalité ni réelle ambition.
L’article de Wired qui se fait l’écho de cette programmation est relativement général et reprend les habituels poncifs du genre, notamment celui-ci : l’avenir du contenu vidéo sur mobile viendra de l’art vidéo et du cinéma…cela néanmoins n’est pas encore acquis, même si l’on souhaiterais s’en convaincre.

Je suis un peu fatigué de voir un peu partout fleurir des programmes pocket cinema, sans que les programmateurs questionnent pour autant la pertinence de ces films, et plus encore la nature de leurs rapports à la vidéo contemporaine ou au cinéma.

Jean-Charles Fitoussi a raison, on ne devrait pas dire “Nouvelle technologie” mais “Cinéma en liberté”. C’est la réinvention qui compte, le retour à un geste initial et primordial. Celui de créer.

Nocturnes pour le roi de Rome à la Semaine de la critique

C’est fait, Nocturnes est à la semaine internationale de la critique, à Cannes. Annoncée il y a peu, cette nouvelle me rejouit pour plus d’une raison. Je tiens au film c’est entendu, et plus largement à l’oeuvre de Jean-Charles Fitoussi qui m’est chère. Je trouve également important que soit souligné une bonne fois pour toute - et à la suite du festival Pocketfilms - que ce cinéma peut et doit être pris au sérieux, étant entendu qu’il témoigne d’une ambition sans commune mesure avec celle de la majeure partie du cinéma produit et distribué aujourd’hui dans les grands réseaux de salles de cinéma.

Voici le texte de présentation du film, rédigé par Jean-Charles Fitoussi.

“Adieu les scénarios, adieu l’encre, adieu le papier, les reliures, les dossiers, adieu la littérature: cette caméra miniature m’a permis d’écrire directement avec des images et des sons, sans préalable. Le film est dès son commencement purement images et purement son. Et le cinéaste se trouve dans la position du peintre, du musicien ou de l’écrivain: seul avec sa matière, toile, partition, ou page blanche. Par d’étranges chemins, le dernier cri technologique (d’ailleurs déjà périmé) rejoint le cinéma des origines, quand on partait filmer avec deux idées en tête, dont celle d’improviser sur place — le vieux cinématographe, des burlesques américains aux avant-gardes russes. Liberté, liberté chérie…”

Voici par ailleurs le texte du catalogue de la Semaine de la critique consacré à Nocturnes pour le roi de Rome. A ce texte s’ajoutera ultérieurement un entretien libre avec Jean-Charles portant sur son film et plus largement les films de poche, à paraître sur le site de Pocketfilms.

Strip-tease

Le film commence timidement, tremble et se délite de part en part. Puis sur un mode légèrement burlesque amuse et intrigue. L’image aveugle fait retour au cinéma muet. Le montage musical imprime son rythme au film. Images, musiques et voix se bousculent joyeusement. C’est la grande débauche plastique et sonore, toujours sur fond d’images écorchées vives. L’idée derrière ça qui semble animer Fitoussi, c’est de mettre l’image à nu. Dans le Château de hasard, il y a des silhouettes, des histoires et des images qui se dévoilent. Le château est une maison close dans laquelle tout d’une manière ou d’une autre finit par se déshabiller.
Si Fitoussi parle de cet œil-camera qu’est le mobile, c’est qu’il y a dans Nocturnes une ambition presque métaphysique. Pas parce que le film est hanté par la mort, mais parce qu’en recourant par moments au montage quantitatif, Fitoussi gratte comme Vertov ou encore Gance une image qui est plus qu’une image et rêve à la possibilité d’être (un) tout. Cette totalité esquissée ouvre un gouffre en même temps qu’elle offre une réponse concrète à la question du sens. Fitoussi met l’image à nu pour ça, pour produire des épiphanies, ou encore inspirer un sentiment tenant autant du sublime mathématique (l’infini kantien) que du sublime dynamique (le delight burkien aperçu par Fitoussi dans la surimpression de bombes sur un corps nu). Des épiphanies qui excèdent le(s) sens, et se tiennent à égale distance de l’art et de la philosophie.

Retour dans le château de hasard

Il y a quelque jours lors de la projection de Nocturnes pour le roi de Rome à la FEMIS, Jean-Charles Fitoussi revenait sur sa méthode de travail.

Se comparant à une sorte de cuisinier contraint de préparer un repas avec les seuls ingrédients disponibles dans son frigo, Jean-Charles Fitoussi explique n’avoir pour ce film rien préparé, et l’avoir conçu dans la plus grande improvisation. Ce mode de production est caractéristique de l’ensemble de son oeuvre. Dans la château de hasard, il y a la vie peuplée de hasards, la vie qui à travers eux fait oeuvre.

Je crois, pour les films de poche, à la pertience d’une méthode dans le cadre de laquelle le film se pense aprés coup, advient davantage qu’il ne se pense ou se conçoit. Le film de poche serait en quelque sorte un patron, une esquisse des temps modernes qui s’inscrit au croisement de l’événement (le hasard), de l’intuition (ou idée) et du geste.

Il ne serait plus nécéssaire d’imaginer une écriture, une structure narrative. Des images s’accumulent, qu’il est possible de faire résonner ensemble, en rapport avec d’autres images, d’autres sons empreintés ailleurs. Il s’agit là d’un travail totalement plastique, puisqu’on ne trouve dans le frigo que des aliments crus et non traités. Le cinematographe est autant une écriture qu’un art plastique.

Tout cela me rappelle un peu les méthodes de travail d’Arnaud Des Pallières avec Martin Wheeler, ce qu’il dit sur son rapport schizophrène au montage, sur la manière dont il mélange les sons. Même rapport à la matière, même jouissance dans l’acte de recréer, de refondre un ensemble de formes brutes dans une oeuvre économe et non moins brutale (d’autres diront lyrique).

C’est ça l’enjeu, la brutalité. Je sais bien que Jean-Charles Fitoussi, en m’entendant parler de Grandrieux (Sombre) à propos de la surimpression de motifs de destruction et de désir, est resté pour le moins sceptique. Mais l’enjeu dans Nocturnes comme dans Sombre, c’est toujours le raccourci, l’accès le plus immédiat, et donc quelque part violent, au corps de l’image, à son corps mis à vif.