Archive pour la catégorie ‘Cinéma’

Festival de Brest

Je serai à Brest le 15 novembre prochain, pour une conférence organisée dans le cadre du festival, qui aura lieu de 17 à 19h.

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Tentative de séparation : (re)naissance de “Delire critique”.

Je ne l’ai pas annoncée et elle s’est faite en douceur : la séparation entre les films de poche et les films tout court. Car il m’a semblé que ce que j’avais à dire sur le cinéma réclamait une place à part, qui existait déjà depuis quelques temps. Alors voilà. Je livre dans Délire critique mes petits états d’âmes sur le cinéma. Au programme ces deux dernières semaines, le cinéma moderne et sa prétendue actualité, et Isou, dont la disparition est passée inaperçue.

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Se souvenir d’Antonioni et de Bergman

Un mot seulement, pour dire combien je suis frappé par l’extraordinaire indigence de ce qui se dit sur Antonioni ces jours-ci. Des mots constamment reviennent qui ne veulent ni ne peuvent rien dire, de l’”angoisse” à l’”aliénation” en passant par le “malaise”. Le prix de la critique la plus vulgaire est remporté de trés loin par le New York Times, qui - j’ignore comment - a laissé passer un article de l’infâme Stephen Holden. En le lisant, le dégout l’emporte sur la lassitude ou l’irritation. Dégout devant tant de paresse et une absence aussi consternante de nuances, de regard, de respect pour l’oeuvre. Alors, s’il faut le dire en anglais, et dans l’espoir qu’il le lise un jour :

“Stephen Holden, you do not deserve to be called a journalist neither a film critic. Your “appraisal” about Antonioni is a huge insult to his memory. Your profound lack of subtility and your blatent ignorance should condemn you to remain mute until the rest of your life, at least as a “critic”.

Ceci dit et la colère à présent envolée, le bruit couvrant la disparition de Bergman et d’Antonioni, me rend trés triste. La faille séparant ce que je porte en moi de ce qui se dit est grande, et rien ne peut la combler. La faille entre ce qui a été et le récit de ce qui fut. Il y a dans ce récit un peu du kitsch de Kundera, une violence douce qui condamne non à l’oubli mais d’abord au ramollissement.

Je suis triste aujourd’hui parce que j’assiste à un ramollissement, et que je me sens étranger au monde qui y participe.

Pour moi, Bergman et Antonioni, c’est à la fois l’évidence du surgissement et la grâce de l’inquiétude. Aucune angoisse, mais une inquiétude. Belle, lumineuse et durable, qui demeure bien au-delà des films ou de leurs auteurs, jusqu’aujourd’hui en moi.

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De retour de Cannes

2 ou 3 choses à dire au retour de Cannes.

D’abord les choses qui fâchent. Tarantino et Kusturica : l’exact opposé de Lynch et WKW (cf. ma petite thèse sur l’exténuation des formes). Allant chercher du côté de la surenchère, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, et sombrent dans l’auto-parodie au risque d’ennuyer ou d’irriter. C’est navrant et franchement dégoutant. Je n’ai personnellement jamais rien attendu de Tarantino, cela me navre seulement pour Kusturica, dont le Papa est en voyage d’affaire reste un jalon de ma cinéphilie.

Le Gus Van Sant évoque tantôt une sorte de Mort à Venise un peu mielleux, tantôt quelques vidéos de skate cheap. Il y a comme chez Harmony Korine, une sorte d’esthétisation forcenée du teenager, laquelle passe immanquablement par le ralenti. On dirait que GVS se cherche, cède à certains penchant pour la contemplation béate de visages rapahelites, et tente de se rattraper en jouant sur différents registres de musiques. C’est forcé et plutôt maladroit.

Ensuite l’éclatante santé du cinéma roumain, qui se manifeste déjà depuis quelques années. Cette santé n’est pas seulement confirmée par la palme d’or mais aussi par le Grand Prix un certain regard décerné à California dreamin’. Ce film n’aurait pas démérité en compétition officielle, et parait à plusieurs égard plus riche et plus audacieux que 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Je le recommande à tous, il est à la fois brut et subtil, a du coeur et pas mal d’esprit. Il pose un regard plein de compassion mais aussi de rancoeur sur les américains, plein de bonnes intentions mais finalement maladroit et destructeurs.
Ce hiatus au coeur de l’éthique de conviction, Cristian Nemescu le film avec une certaine habileté et une virtuosité qui confine parfois à l’abstraction. Comme si la caméra, en s’emballant, reflétait un échec de la narration, une impossibilité de dire ou de saisir ces moments où l’histoire s’enraye. J’ai vu dans California dreamin’ bien plus d’audace et de vigueur que dans 4 mois…, j’y ai vu du courage, et une intégrité rare.

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Le Sokourov. Un film de guerre sans un seul coup de feu. Indéniablement l’un des plus beaux films de la compétition. Sokourov aurait pu se contenter d’une fable à la Dino Buzatti, et faire la part belle au désert, à l’ennui, à l’absurdité d’une occupation sans fin. Seulement c’est à tout autre chose que l’on assiste. On assiste - comment dire - à une histoire des sexes. On voit ce qu’est un homme, comment il vit, ce qu’il sent, de quoi est fait son quotidien et à quoi il aspire. On voit la femme et la figure matrimoniale qu’elle incarne, celle qui ordonne et qui nourri, rassure et oeuvre à la réunion. Je ne sais exactement pourquoi j’en viens à voir cela dans le film, et dans le même temps cela me paraît évident. Comme si cet état de guerre ramenait à un état élémentaire, que rien d’autre finalement ne restait que le rapport entre des femmes et des hommes plongés dans le dénuement le plus total. Ce cinéma du dénuement s’avère être d’une incroyable richesse : peaux, poussières, métal, touffeur de l’air. Tout accable dans ce film et pèse sur les épaules des personnes qui restent droits dans le bottes, et fiers comme des caucasiens. L’actrice est dure et touchante. Je ne m’explique pas que ce film n’ai reçu aucun prix.

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La forêt de Mogari enfin. Un rêve de début de nuit. Une grande divagation d’abord dans les champs, ensuite dans la forêt. Je me dis d’abord que ce personnage est fou, car j’aime la figure du fou dans le cinéma japonais. Quoi qu’il en soit, je trouve ce récit du deuil profondément émouvant. Il ne saurait évidemment passer par le verbe et c’est la raison pour laquelle je trouve le film m’est si cher. Le vieil homme et la jeune fille se précipitent dans la forêt comme s’ils se jetaient dans un précipice, en remettant en jeu leur corps, et le rapport qu’il entretiennent à l’existence. Les dialogues sont d’une simplicité déconcertante : c’est quoi exister ? Est-ce que tu existes ? Les deux épiphanies qui jalonnent le film répondent trés directement à cette question, sans qu’il soit nécessaire de le souligner. Je voudrais revoir ce film 3 fois si je le pouvais, comme on parle à un ami.

Happy Fannie

J’ai l’honneur de vous apprendre qu’Happy Fannie est née. Il ne s’agit pour l’heure que d’une page censée offrir les informations utiles. Le site évoluera par la suite pour présenter nos différents projets.

Can cameraphones can contribute to cinema ?

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Vous trouverez l’article que j’avais rédigé à l’occasion du premier Mobilefest brésilien sur la nouvelle version de leur site. “Can cameraphones can contribute to cinema ?” Tout un programme ! )

Retour sur “les films de festival”

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Aprés avoir fait le tour du débat, et consulté les documents officiels (les deux textes des Cahiers, l’article de réponse de Thoret dans Libé, enfin celui de Positif), j’ai ma petite idée sur l’appellation “films de festival”. Par paresse, fatigue ou ennui, j’avoue avoir cédé à la facilité et employé plus d’une fois le terme. Or, le débat sévissant depuis quelque mois m’encourage à réévaluer ma position. Voici comment.

Je trouve le texte de Thoret faible, caricatural et insultant. Il y plane une odeur de fausse franchise : faits et commentaires sont avancés d’un seul tenant, comme si le réquisitoire avait valeur de constat. Les sigles remplacent les mots pour mieux cacher la misère d’une pensée vulgaire et démagogique.

Ma position est donc la suivante. Il est abusif de parler de “films de festivals” pour la simple raison que ces films tant décriés n’ont plus leur place qu’en festivals. Les dénoncer, c’est omettre de prendre en compte la situation d’un marché qui leur refuse le droit d’exister. Les taxer d’académisme, c’est ensuite prendre la partie pour le tout. Pointer du doigts les quelques auteurs - souvent jeunes - qui par facilité ou malice usent de certains codes pour se ménager un chemin vers les grands festivals occidentaux. Taxer d’académisme l’ensemble des films silencieux, épurés ou contemplatifs, c’est faire preuve d’une impardonnable malhonnêteté intellectuelle en voulant les mettre dans le même sacs, alors qu’ils ressortent chacun d’origines, de projets, d’ambitions différentes. Pire, c’est leur faire affront en leur refusant la qualité d’oeuvres et en les rabaissant à la qualité d’exercices.

Rester attaché à la distribution des discours, c’est reconnaitre au contexte son importance dans la formation du jugement et plus particulièrement encore des termes. C’est la raison pour laquelle il me parait finalement abusif de parler de “film de festivals” d’un point de vue critique. Car programmer n’est pas critiquer. Je suis bien placé pour la savoir.

Dernière chose. Seuls les Cahiers me paraissent dans cette affaire faire preuve de discernement. Je ne suis pas un partisan aveugle de la revue. Au contraire. Je suis seulement heureux qu’ils pointent ici un abus et qu’ils m’aident d’une manière simple et directe à reconsidérer une idée reçue, et considérée par trop de critiques comme une idée acquise.

Retour sur Myspace et les festivals de cinéma

Je lis dans les Cahiers de ce mois-ci dans la rubrique “Offres”

En collaboration avec Myspace, “Un festival, c’est trop court” propose aux internautes de départager quatre courts métrages…

Je pense que ces petits festivals souhaitent toucher un nouveau public créatif, plus jeune et plus nombreux. Et ces festivals se disent que ce public est sur Myspace, qu’il faut aller l’y chercher. Ils se disent que Myspace est un instrument, un lieu a priori fertile sur lequel fleurissent une quantité de jeunes talents. Peut-être n’ont-ils pas tort. Mais la question n’est pas pour moi de savoir qui est sur Myspace mais plutôt comment tous ces gens communiquent et sur quoi. Ils communiquent en s’échangeant des bribes de phrases, en partageant les mêmes morceaux de musique, les mêmes photos ou dessins, les mêmes infos de concerts etc. Ils partagent la même vie, et cette vie est faites de sons éparpillés, d’images éclatées et d’évènements éphèmères. Ils sont en perpétuelle ébullition, toujours en quête du prochain groupe, album, concerts. Ils en veulent plus et cela se voit : profusion d’amis, d’images, de commentaires, de petits mots. On communique autour de profusion, on crée soit même un profusion de signes et de bruits.

Les festivals faisant le choix d’investir Myspace s’imaginent que ce lieu est fait pour eux, qu’ils y trouveront les talents nécessaires pour briller. Eux aussi veulent faire du bruit.

Organiser un festival, c’est être pragmatique, négocier au mieux sa visibilité afin de gagner en notoriété. Celle-ci reste le meilleur gage d’indépendance. Mais cette indépendance a un prix, celui de l’identité, celui de la justesse.

Un festival d’idées - Le blog de mes élèves à Paris III

J’ai le plaisir d’annoncer la création du blog du cours que je donne à Paris III. Il s’appelle Un festival d’idées, le groupe qui en a la charge est composé de Léo, Marina et Oriane, et son grand architecte est le trés dévoué et excellent Nicolas.

Le blog est encore trés jeune. Il se propose de synthétiser les travaux des différents groupes de travail. Chacun oeuvre dans un domaine particulier et doit présenter au terme du semestre une fiche technique dont l’objectif est de résumer une étape précise de l’organisation d’un festival : faire une demande de subvention, gérer la traduction des copies, leur assurance et leur transport, trouver les salles, planifier la communication, concevoir le site internet, etc.

J’ai certes avec ce cours et ce blog quelques idées derrière la tête, notamment celle d’initier une réflexion sur la mutation actuelle des festivals à la faveur de l’émergence de nouveaux modes de diffusions et de consommation des images. Je parle de “consommation” afin de pointer du doigt les effets induits par ce phénomène en terme d’expérience et de gout.

Plus précisément encore, j’entame une réflexion sur la manière dont les festivals peuvent trouver dans Internet un prolongement utile et pertinent. Ces jours-ci, de plus en plus de festivals créent leur webTV ou concluent des partenariats avec des plateformes vidéos et même des sites communautaires. Dans quelle mesure ces initiatives sont-elles bienvenues ? Le festival de Rotterdam annonce vouloir récompenser sur son site un court-métrage par mois et montrer à l’issue de la première année ces court-métrage dans le cadre d’une scèance spéciale. Avec New Arrivals, Rotterdam s’ouvre à Internet tout en reconnaissant ses limites et en confinant ces courts, aperçus dans de petites lucarnes, à des programmations hors-compétition. D’autres festivals font le pari des sites communautaires, afin de drainer vers eux plus de trafic et de mieux cibler les communautés de créateurs. Pari payant ou hasardeux ? A mes étudiants de voir, je reviendrai quant à moi sur ces questions plus en détail, peut-être sur ce blog, peut-être ailleurs (je m’éloigne des films de poche ces temps-ci).

Lady Chatterley, évidemment.

Je dois dire que je suis trés heureux et ému de voir à ce point triompher Lady Chatterley. Touché aussi par le beau discours de Pascale Ferran au tout début de la cérémonie. J’espère qu’il trouvera quelque résonance dans les prochains jours. Le cinéma récompensé ce soir avec Lady Chatterley est celui qui m’est le plus précieux et le plus cher. C’est une belle soirée.

Je n’ai jamais encore écrit sur ce film, pour la simple raison que je ne le voulais ni ne le pouvais. Pour la simple raison que ce film est un miracle, qu’il me bouleverse encore aujourd’hui et me dépasse.