Archive pour la catégorie ‘Cameraphones’

Le monopole du regard

La semaine dernière encore, Jean-Charles Fitoussi me disait son plaisir de filmer des japonais qui répondaient à son regard par un sourire simple, ou de grandes exclamations enthousiastes. A son retour en France, c’est par un regard noir qu’il était accueilli, dans le RER.

La situation n’est guère plus réjouissante en Angleterre. A vrai dire, elle devient tout à fait inquiétante. Dans un article récent, Times Online dresse un tableau alarmant des traitements infligés aux photographes et cinéastes qui se hasardent à saisir des images à la dérobée :

“There’s the war photographer who dodged bullets abroad only to be beaten up in his own South London backyard by a paranoid parent who (wrongly) thought his child was being photographed. There’s the amateur photographer punched prostrate in the London Tube after refusing to give up his film to a stranger; the case of the man in Hull, swooped on by police after taking photographs in a shopping centre. “Any person who appears to be taking photos in a covert manner should expect to be stopped and spoken to by police …” ran the Humberside force’s statement.”

Le problème de fond est le suivant : l’État anglais qui déjà postait à chaque angle de rue des caméras de surveillance, refuse aujourd’hui aux citoyens le droit d’exercer un regard sur leur ville et ses habitants. Contrôler c’est désormais avoir le monopole du regard. Et ce contrôle s’exerce désormais de manière étonnemment officielle, par la voie de la police métropolitaine, qui dernière à lancé une campagne d’affichage aux slogans sans équivoque, dont voici un exemple ci-dessous.

safer.jpg

“What if one of them seems odd ?!” Quand la bizarreté devient source de suspicion, pire de récrimination, le regard divergeant devient non plus une question ouverte, mais un problème, une anomalie. La norme désormais ne tolère plus qu’un regard, exercé de nulle part, par un pouvoir dit officiel. Les autres regards deviennent a-normaux.

Dans le même temps, le plus révélateur est que le contrôle s’exerce par tous : “if you suspect it, report it”. Les regards convergent vers le regard divergeant. Tout le monde s’épie, comme dans le plus parfait panoptique, sans permettre à quiconque de s’en extraire. Dans ce contexte l’appareil nomade - photo ou vidéo - donne l’occasion de dénoncer les regards, ceux qui exercent le pouvoir officiel comme ceux qui le disputent. La dénonciation, dés lors, est générale et permanente. Elle ne tolère plus ni dialogue, ni écoute. Les regards s’annulent.

Nuage documentaire, explications

En travaillant ces derniers mois au développement du documentaire de Sandrine, nous avons eu l’occasion d’envisager un renouvellement possible de la forme documentaire, à la faveur de l’apparition de nouveaux outils de réalisation et de diffusion.

Voici le résultat - modeste et provisoire - de notre réflexion. Si vous souhaitez disposer de l’article en pdf (licence Creative Commons by-nc-nd - 2.0), téléchargez le.

Nuage documentaire - Définition, logiques, techniques

Ce petit article pose les bases d’une réflexion toujours en cours, sur la manière dont le documentaire peut être servi et revisité par les outils multimédia. Nous partons du principe qu’un documentaire offre le plus souvent un point de vue construit sur une réalité nécessairement montée. Donner à voir d’autres images que le documentaire fini, et offrir ainsi au spectateur la liberté de naviguer entre toutes ces images permet de démonter le rapport que nous entretenons au documentaire. Ce principe nous sert de point de départ pour imaginer à quoi pourrait ressembler les documentaires multimédia de demain.

Un nuage pour voyager

Nous disposons généralement de plusieurs outils de prise de vue (caméra, appareils photo, cameraphones) pour réaliser des documentaires, et documenter leur fabrication. Ils permettent de tâtonner, de creuser un sujet, une matière en images. Le spectateur quant à lui dispose de plusieurs écrans, auxquels correspondent des films de formats différents, des expériences particulières. Sa perception d’un sujet est également progressive, et s’opère sous plusieurs angles. Ainsi se répondent deux postures, celle du réalisateur qui tâtonne en images, et celle du spectateur qui déambule parmi elles.
Afin d’illustrer cette correspondance, nous nous appuyons sur l‘image du nuage.
Nous aurions pu avancer l’idée d’un documentaire hypertexte, où chaque écran renverrait à l’autre pour permettre au spectateur d’approfondir un sujet, d’entendre une autre voix, de découvrir une autre approche d’un même sujet. Seulement cette approche est quelque peu datée, et empêche de penser convenablement la navigation entre les différents documents, les multiples couches de sens. Pour cela, nous avons besoin d’espace.

Le « cloud computing » est une notion plutôt jeune. Elle définit les applications riches en ligne, qui se substituent peu à peu aux logiciels de bureau. Ces applications sont hébergées sur des serveurs, et accessibles à partir de browsers d’ordinateurs, de téléphones mobiles et de PDA. Elles permettent d’enregistrer des données, de les stocker de façon évolutive et de les rendre accessible où que l’on se trouve. Au « Cloud computing » nous souhaiterions faire correspondre le « cloud programming », soit une programmation de vidéos documentaires en nuages.
Pour mieux penser le documentaire à géométrie variable, nous avons imaginé à quoi pourrait ressembler un documentaire s’il devait être un nuage. Une œuvre qui comporterait plusieurs parties, qui chacunes seraient conçues pour être regardées d’une certaine manière, sur plusieurs écrans, à des moments différents.

Nous ne sommes pas convaincus de l’idée selon laquelle des œuvres seraient conçues spécifiquement pour Internet, le mobile ou la télévision. Certains écrans tels que le mobile induisent des usages, mais pas plus que l’ipod, le palm ou la psp qui vont se nourrir sur Internet et sont – au même titre que le téléphone – de petits écrans nomades. Le documentaire en nuage procède de ce constat et revendique le droit des œuvres à voyager d’un écran à l’autre. La forme du nuage incite au voyage, c’est ce sur quoi nous souhaitons mettre l’accent : sur les relations dynamiques existant entre les vidéos, plutôt que leur stricte assignation à des écrans. Concevoir par exemple une vidéo courte composée de gros plans pour le mobile est pertinent, et en un sens souhaitable, mais n’empêche pas de rendre disponible cette vidéo sur d’autres écrans.

Le documentaire en nuage se compose de trois parties, correspondant chacune a priori à un écran.

cercle1.jpg

Le nuage en images, logiques narratives et interactives

Nous illustrons les relations existant entre les films au moyen du schéma ci-dessous.

nuage.jpg

La convergence des outils, et l’unification des plateformes de diffusion milite pour une navigation sans cesse plus fluide. Internet devient un lieu accessible à partir de plusieurs écrans. Les conditions de réception obéissent à des aléas de supports, de connexions et de temps. Supports : tout dépend du lieu où l’on se trouve, des outils dont on dispose. Connexion : peut-être a-t-on un accès Internet, ou seulement la possibilité de stocker des programmes pour les visionner offline. Temps : on dispose de 52 minutes ou de 2, on prend 2 minutes au milieu des 52 minutes pour approfondir une idée, ou simplement prendre l’air.

Œuvre à géométrie variable = expérience à géométrie variable

Un système d’annotation simple permet d’envisager deux scénarii, selon que le spectateur est en ligne ou pas.
À la fin de chaque vidéo, plusieurs liens pointent vers les sujets évoqués et renvoie le spectateur à d’autres films. Le lien est dynamique ou pas, selon que l’on est en ligne ou pas. Ce système d’astérisque permette une déambulation naturelle à l’intérieur même des films.
Ces astérisques sont complétés par des tags mobiles, qui permettent directement pour un téléphone notamment d’accéder à une vidéo en prenant le tag en photo. Les tags peuvent être utilisés à la manière de virgules, notamment dans les documentaires de 52 minutes.

Conclusion provisoire

L’idée n’est pas avec le nuage de plaquer artificiellement de nouveaux modèles sur une forme si éprouvée, si traditionnelle que celle du documentaire. Le nuage indique au contraire que c’est en lui que le documentaire trouvera les termes de son renouvellement. Passer d’un documentaires articulé à des documents à interpréter, c’est accueillir la polysémie au sein des images, et avec elle le regard du spectateur, partie prenante de la construction du sens. C’est là que la perpétuelle mort de l’auteur pointe le bout de son nez. Mais alors, il est temps de clore cette première réflexion, de s’arrêter pour songer à la suite.

Robert Redford au GSM World ?!

Il est intervenu en présentant le mobile comme “un médium privilégié pour les réalisateurs indépendants pour toucher de larges audiences”. (cf. le superbe communiqué de presse)

Aprés le mobile comme outil de création dit “démocratique”, le mobile comme fenêtre de diffusion “démocratique”. Mais si ce terme tant prisé de nos jours implique la participation, la diffusion sur mobile tient plus du supplice ! Alors, le supplice pour tous ? Et avec le sourire ?!

robertredformmobileworldcongress.gif

Comment peut-il cautionner avec autant de legerté cette idée ? Le problème n’est pas tant d’imaginer que des films n’existent que sur des téléphones, mais que des réalisateurs indépendants conçoivent du coup des oeuvres pour cette petite lucarne, avec les recettes qui fonctionnent, en partant du principe que l’usage induit une forme définie et normée. “Faire un film” et “faire un film pour le portable”. Entre ces deux termes réside tout ce qui sépare le créateur de l’épicier.

Il est nécessaire d’interroger la nature de l’expérience de visionnage sur un téléphone portable. En quoi condamne-t-elle ou pas le spectateur à n’être qu’un veau ? Je pose la question en souriant, mais elle se pose belle et bien, et de manière préocupante. Sur ce, mieux vaut finir avec Lynch.

Films de poche kangourou

lens1.jpg

Des telles images peuvent laisser perplexe, ou songeur… pensez-vous, voir de 6 fois plus prés, alors qu’on ne pensait rien voir, qu’on ne faisait que passer. Je suis frappé par la longueur de ces objectifs, et leur côté disproportionné. Il ne fait aucun doute que c’est du matériel de professionnel. Ou d’obsessionnel. Bien sûr je pense à Peeping tom.

Pour ceux que ces images rendraient envieux ou simplement curieux, c’est à cette adresse que vous pouvez vous procurer les beaux joujous : motorola phones.

Arrivée à bon port !

Et voilà ! Le blog est transféré. Au-delà de la prouesse technique, ce transfert marque une étape importante dans la vie des Films de Poche. Au programme de cette nouvelle édition, une écriture plus régulière, portant sur les aspects esthétiques et parfois sociologiques des films de poche ; une ouverture aux acteurs des Films de poche avec une série d’entretiens ; et même quelques correspondances…Autrement dit des mots à prendre un peu dans tous les sens, histoires de varier les plaisirs et de multiplier les angles.

Les films de poche, sur cinécinéma !

La série documentaire “les yeux dans l’écran” est diffusée sur Cinécinéma Culte à partir d’aujourd’hui, à raison d’un épisode par semaine le samedi vers 22h25, le dimanche vers 13h30 et le vendredi suivant vers 18h10.

Voici le détail des jours de passage :

“Les films de poche” (samedi 26, dimanche 27 janvier et vendredi 01 février) - content que ce programme reprenne le titre de mon blog !-)

“La machine à sens webdocumentaire” (samedi 02, dimanche 03 et vendredi 08 février)

Je rechigne à parler du dernier épisode (”Kino ou la liberté de filmer”) pour la simple raison que je trouve ce mouvement totalement inintéressant, et parfois franchement irritant. Je me souviens avoir croisé à Brest certains de ses représentants, des personnages gesticulant, courant après je ne sais quoi, et se gaussant devant leurs vidéos vaines et bâclées. Bref, je ne vois pas ce que le kino vient faire là-dedans.

Retrouvez plus d’informations sur Cinécinéma

Temps de flottement

Mes billets se font rares ces temps-ci. Il faut dire que ce blog va bientôt migrer vers de nouveaux horizons, et être intégré à une plateforme de blogs dédiés au cinéma. Je suis impatient de vous la présenter.

Le petit kit du journaliste mobile

On le doit à Nokia et Reuters, qui l’ont conçu sur mesure pour ces chanceux de journalistes.

Mémoire vive avait dans ce domaine été pionnier, et notamment inspiré les Blogtrotters.

Le meilleur toutefois n’est pas à attendre de la part de nos amis les journalistes. Comme les faits le montrent depuis quelques années, ce sont les citoyens vlogueurs et les artistes qui montrent la voie.

mobile-journalism.jpg

Quelques leçons du festival des 4 écrans

Courageux ce premier festival, initié par quelqu’un qui n’a plus rien à prouver et qui pourtant s’aventure dans de nouvelles contrées.

Hasardeux aussi, tant les pistes sont indéfinies et traversent des contrées aussi différentes que celles de l’économie, du journalisme et du cinéma.

Comment dans ce cas faire en sorte que les discours communiquent entre eux, si les références mais également les valeurs sont différentes. Si chacun à sa petite idée sur le sujet, ou pire n’en a aucune et avance à vue, sans prendre la peine de remettre en cause les valeurs qu’il défend ou les mots qu’il utilise ?

Je le dis sans provocation, mais en sachant bien que cela dérangera. Il faut tirer de ce festival 2 leçons : la nécéssité d’annuler la distinction entre journaliste et amateur d’une part, et entre documentaire et fiction de l’autre.

Ces idées viennent du cinéma, qui est bien plus sage et finalement lucide sur ces questions. Parce qu’il respecte et aime surtout ce qui est filmé au point de ne pas faire la différence entre le vrai et le faux. Parce que pour lui le monde est un et indivisible. Parce qu’il est le point ultime de la mimésis, qu’il dépasse.

Et il serait bien temps qu’à la faveur des nouvelles images, la réflexion les entournant - fût-elle intiée par la télévision - prenne acte de cela et se replonge dans la littérature contemporaine. On y trouve en effet, de Debord à Baudrillard, des idées éclairantes pour penser les médias et leurs nouvelles images. La notion de simulacre notamment permet de dépasser sur un autre terrain les termes et les idées échangées durant le festival.

Simulacre. Du latin simulacrum « statue, fantôme, représentation mnémotechnique des objets, portrait moral »

1. (Lucrèce). Émanation des réalités matérielles saisies par la vision. Image dégagée en permanence par la pellicule superficielle des corps parfois si ténue que seule l’imagination ou la pensée peut les saisir. Assemblage d’atomes s’échappant des objets qui viennent frapper nos organes sensibles, ou qui, en leur échappant par leur légèreté, se combinent dans nos rêves.

2. Représentation d’une personne, d’une chose en tant qu’elle n’est qu’une représentation pas la chose elle-même.

3. Imitation trompeuse donnée pour la chose même.

4.Apparence qui n’a pas les propriétés d’une réalité.

5.Image matérielle d’une divinité. Idole.

6. (Couramment). Faux-semblant, caricature, parodie, comédie dans l’intention de tromper. Simulacre de justice.

Nous n’avons vu au cours de ce festival, que des “imitations trompeuses données pour la chose même”. Mais notre quotidien est fait de ces imitations, qui le saturent de part en part. Au réel se substitue le jeu des simulacres, tel que Baudrillard l’entend.
Dans ce contexte, le journaliste doit se poser une question simple. Que peuvent les nouvelles images ? Doivent-elles ajouter au bruit ambiant, et se contenter de produire des images qui prétendent construire le réel. Ou plutôt envisager d’autres pistes, en reconnaissant que l’approche journalistique du réel est trop fragile pour ne pas être questionnée et révolutionnée.

Alors on se demandera si le journalisme a bien encore lieu d’être, et si l’on ne ferait pas mieux finalement de passer à d’autres mots, à d’autres formes, à une autre éthique enfin, plus rigoureuse et plus honnête.

De retour des champignons, j’ai ramené des photos.

Champignon rouge et fougères.jpg

Champignon violet.jpg

Chamignons.jpg

Au bord du ruisseau.jpg

Superbe cèpe sous les herbes folles.jpg

Des fleurs, des nuages, des myrtilles, un chaton, et bien d’autres choses encore ici