Se souvenir d’Antonioni et de Bergman

Un mot seulement, pour dire combien je suis frappé par l’extraordinaire indigence de ce qui se dit sur Antonioni ces jours-ci. Des mots constamment reviennent qui ne veulent ni ne peuvent rien dire, de l’”angoisse” à l’”aliénation” en passant par le “malaise”. Le prix de la critique la plus vulgaire est remporté de trés loin par le New York Times, qui - j’ignore comment - a laissé passer un article de l’infâme Stephen Holden. En le lisant, le dégout l’emporte sur la lassitude ou l’irritation. Dégout devant tant de paresse et une absence aussi consternante de nuances, de regard, de respect pour l’oeuvre. Alors, s’il faut le dire en anglais, et dans l’espoir qu’il le lise un jour :

“Stephen Holden, you do not deserve to be called a journalist neither a film critic. Your “appraisal” about Antonioni is a huge insult to his memory. Your profound lack of subtility and your blatent ignorance should condemn you to remain mute until the rest of your life, at least as a “critic”.

Ceci dit et la colère à présent envolée, le bruit couvrant la disparition de Bergman et d’Antonioni, me rend trés triste. La faille séparant ce que je porte en moi de ce qui se dit est grande, et rien ne peut la combler. La faille entre ce qui a été et le récit de ce qui fut. Il y a dans ce récit un peu du kitsch de Kundera, une violence douce qui condamne non à l’oubli mais d’abord au ramollissement.

Je suis triste aujourd’hui parce que j’assiste à un ramollissement, et que je me sens étranger au monde qui y participe.

Pour moi, Bergman et Antonioni, c’est à la fois l’évidence du surgissement et la grâce de l’inquiétude. Aucune angoisse, mais une inquiétude. Belle, lumineuse et durable, qui demeure bien au-delà des films ou de leurs auteurs, jusqu’aujourd’hui en moi.

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Une réponse pour “Se souvenir d’Antonioni et de Bergman”

  1. Vincent Bergerat dit :

    C’étaient peut-être mes deux cinéastes préférés, et je dois dire que le dossier du journal Le Monde était assez raté, restent les films, le reste, on s’en fout.

    A

    V.

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