Happy Fannie
J’ai l’honneur de vous apprendre qu’Happy Fannie est née. Il ne s’agit pour l’heure que d’une page censée offrir les informations utiles. Le site évoluera par la suite pour présenter nos différents projets.
J’ai l’honneur de vous apprendre qu’Happy Fannie est née. Il ne s’agit pour l’heure que d’une page censée offrir les informations utiles. Le site évoluera par la suite pour présenter nos différents projets.
Une exposition consacrée à Vincent Bergerat (que les lecteurs de ce blogs connaissent bien) se déroulera à la galerie Anton Weller du 31 mai au 21 juillet 2007. Son titre - au combien “bergeratien” - est pour le moins saugrenu et énigmatique : Salade d’oiseaux mystère.
Rendez-vous 9 rue Christine (presque à côté de l’Action Christine) pour en savoir plus. Je m’attends pour ma part au vernissage à une grande salade de blancs de volailles, aux oeufs de caille, à l’ortolan à l’armagnac et que sais-je encore !
Trêve de plaisanteries, passons aux choses sérieuses (et là je m’aperçois que j’ai manqué un paquet de vidéos depuis 5 mois !).
Vincent persiste et signe avec ce petit plan séquence. L’avantage avec ces plans, c’est qu’on peut dire d’eux qu’ils sont à la fois organiques et conceptuels. Ils ont du corps, du vert, de l’air, du temps ; et dans le même temps nous obligent à nous projeter dans un cadre, et à nous faire découvrir tout ce qu’on veut ou peut y voir.
Je pense qu’il serait opportun le moment venu de montrer cet ensemble de plans séquence d’un seul tenant. Cela permettrait de mettre en évidence leur logique interne, de rappeler ce que c’est qu’un plan séquence et de ressentir ce mariage en nous de l’image et de l’imagination.
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Oui, drôle d’oiseau !
Quant à la série “Tu m’entends”, ce sera pour mon prochain billet. Non seulement on a l’impression avec Vincent qu’il est toujours en vacances (ses vidéos ont un doux parfum d’herbe) mais en plus il passe ses journées avec une starlette qui ne pose que pour lui !

Vous trouverez l’article que j’avais rédigé à l’occasion du premier Mobilefest brésilien sur la nouvelle version de leur site. “Can cameraphones can contribute to cinema ?” Tout un programme ! )
Voici à la demande du Syndicat de la critique, un texte d’humeur sur la critique papier. Merci pour vos commentaires, qui me permettront au besoin de le corriger.
J’adore le papier. Comme tout le monde, j’ai erré entre Saint-Michel et le pont des arts en quête de livres rares, ai reniflé des centaines de livres avant de les ouvrir, caressé et corné une quantité d’autres. Mes premiers ouvrages de cinéma étaient des collections du cerf jaunies, et mes premiers Cahiers des fascicules multicolores. J’ignorais alors que je serais moi aussi critique, je l’ignorais peut-être mais déjà le désirais.
Je crois pouvoir dire que nous partageons tous – du moins dans les grandes lignes – ce rapport aux livres et aux revues de cinéma. Je n’imagine pas découvrir un texte de Bazin sur Internet, pas plus qu’une critique de Rohmer par exemple. C’est qu’il y a chez ceux-là un rapport aux textes qui vient de loin, des romans notamment mais aussi des textes saints.
Outre ces raisons d’ordre intime, et si l’on aborde la question plus simplement, les textes publiés sur Internet se distinguent des critiques papier d’abord par leur longueur. Ils n’ont pas ou rarement la même économie. Plus longs, plus fouillés ou bavards, ils se répandent davantage dans les détails, au risque d’en dire trop et finalement de ne rien dire du tout. Il y a comme une sorte d’inélégance du genre, d’exhibitionnisme évident à donner ainsi sa parole en pâture. Certes il m’arrive - comme vous sans doute - de m’emporter parfois, au risque d’agacer, de paraître excessif ou confus. Je reconnais aux critiques la nécessité d’être justes et concis. Mon rapport à Internet et plus exactement aux weblogs est précisément lié à ces impératifs, parce que ce média me permet de partager non seulement mon regard mais également mon expérience. Vous me direz que c’est ce que vous faites déjà. Seulement vous sous-estimez peut-être le rôle que joue le temps dans cette expérience. Il y a trois mois environ je découvrais Lady Chatterley, aujourd’hui encore il m’arrive d’y songer. Je me remémore un ou deux mots de Pascale Ferran et certaines scènes remontent en moi. Bref, on se parle. Le weblog se fait l’écho de ce dialogue nourri entre le film et moi.
L’écriture n’est donc jamais définitive mais plutôt inchoative : on tâtonne, on esquisse, les contours de ce que pour nous serait le film. On avance par hypothèse, en croisant les souvenirs, les sentiments et au besoin les références. Mais on ne cite pas, on parle, on ne s’abrite pas derrière les afféteries bien connues du critique, au contraire on tombe le masque, on rentre dans un travail de l’écriture, on livre une critique au travail. La critique comme parole donnée dans le temps et toujours renouvelée, c’est la première chose que permet Internet.
Cette parole si elle touche, en suscite d’autres multiples et parfois surprenantes. Ce sont les commentaires qui fonctionnent comme autant d’observations complémentaires et permettent d’approcher au plus juste ce que le film nous fait et nous dit, bref d’esquisser les conditions d’une expérience collective. Manière de dire au bout du compte que le weblog permet la circulation d’une parole critique ouverte, singulière et plurielle, libre de se préciser toujours à travers le temps et la multitude des regards.
Le weblog permet donc aux critiques de parler. Cela semble simple et même simpliste. Le but n’est pourtant pas ici de céder à la facilité ni d’accuser la critique d’hermétisme ou pire d’élitisme. Non, lorsque je dis parole, je songe à l’écriture, je pense à ce qui sous-tend le texte, à un élan, à une pensée qui l’habite et le porte. La parole au sens rhétorique mais aussi religieux du terme, qui déborde le verbe pour mieux le révéler. La parole invente une langue pour mieux rendre présent. Et cette part d’invention me paraît déterminante dans l’écriture critique, et nécessaire pour partager ce que nous dit et nous fait le film.
On a tôt fait dans les milieux critiques de geindre et de déplorer la crise d’un certain cinéma et d’accuser le nivellement du goût par le bas. On a beau jeu de pointer du doigt les grandes machines, et d’évoquer les innombrables écrans qui fleurissent de toutes parts pour occuper les yeux. Tant d’ennemi à combattre, qui s’animent en même temps et gagnent chaque jour du terrain. Concrètement ? Arthur et les Minimoys qui écrase les autres films et abrutit une génération d’enfants ; Lady Chatterley terminé dans la douleur et dont le montage financier tenait déjà du miracle, les plateformes de VOD, mais également les sites de streaming vidéo, tels que Dailymotion ou encore You Tube. Il incombe aux critiques de garantir l’intégrité des liens que nous entretenons au cinéma et plus largement encore à l’image. Et cette intégrité tient à une langue mais aussi à une manière de partager cette langue. Cela ne passe plus seulement par la presse écrite, la critique ciselée, la parole d’autorité instruite et avertie. D’autres médias apparaissent qui réclament un nouveau rapport aux images et nous l’imposerons si nous n’y prenons pas garde, avant même que nous n’ayons eu le temps de choisir ou de réagir. Il ne s’agit bien sûr pas de courber l’échine ni même de faire des concessions. Ces évolutions ne sont ni absolument bonnes ni absolument mauvaises. Reste aux critiques à en prendre la mesure et à tirer avantage de ces nouvelles conditions pour faire primer non pas leur goût mais un certain rapport au cinéma. Ceci ne passe pas seulement par les sites Internet et les weblogs, mais aussi par toute une somme d’outils qui s’inventent aujourd’hui, soit dans les laboratoires de recherches (cf. l’application Internet « Lignes de temps » développée par le Centre Georges Pompidou) soit par des acteurs isolés, désireux de créer leurs propres sites communautaires dédiés au cinéma (à l’autre bout du monde, Film Crowd). Des outils existent et s’inventent, reste à bien les penser pour servir nos fins, pour défendre le cinéma en le partageant mieux.

C’était il y a un mois ou deux, Mathieu m’a gentillement proposé de me joindre à lui. Il allait voir Alan Sparhawk. Je ne pouvais rater cela sous aucun prétexte.
Voici donc les vidéos, et un petit texte vraiment sans prétention, signé de ma blanche main.
Merci encore à Mathieu et à la blogothèque pour leur invitation.

Aprés avoir fait le tour du débat, et consulté les documents officiels (les deux textes des Cahiers, l’article de réponse de Thoret dans Libé, enfin celui de Positif), j’ai ma petite idée sur l’appellation “films de festival”. Par paresse, fatigue ou ennui, j’avoue avoir cédé à la facilité et employé plus d’une fois le terme. Or, le débat sévissant depuis quelque mois m’encourage à réévaluer ma position. Voici comment.
Je trouve le texte de Thoret faible, caricatural et insultant. Il y plane une odeur de fausse franchise : faits et commentaires sont avancés d’un seul tenant, comme si le réquisitoire avait valeur de constat. Les sigles remplacent les mots pour mieux cacher la misère d’une pensée vulgaire et démagogique.
Ma position est donc la suivante. Il est abusif de parler de “films de festivals” pour la simple raison que ces films tant décriés n’ont plus leur place qu’en festivals. Les dénoncer, c’est omettre de prendre en compte la situation d’un marché qui leur refuse le droit d’exister. Les taxer d’académisme, c’est ensuite prendre la partie pour le tout. Pointer du doigts les quelques auteurs - souvent jeunes - qui par facilité ou malice usent de certains codes pour se ménager un chemin vers les grands festivals occidentaux. Taxer d’académisme l’ensemble des films silencieux, épurés ou contemplatifs, c’est faire preuve d’une impardonnable malhonnêteté intellectuelle en voulant les mettre dans le même sacs, alors qu’ils ressortent chacun d’origines, de projets, d’ambitions différentes. Pire, c’est leur faire affront en leur refusant la qualité d’oeuvres et en les rabaissant à la qualité d’exercices.
Rester attaché à la distribution des discours, c’est reconnaitre au contexte son importance dans la formation du jugement et plus particulièrement encore des termes. C’est la raison pour laquelle il me parait finalement abusif de parler de “film de festivals” d’un point de vue critique. Car programmer n’est pas critiquer. Je suis bien placé pour la savoir.
Dernière chose. Seuls les Cahiers me paraissent dans cette affaire faire preuve de discernement. Je ne suis pas un partisan aveugle de la revue. Au contraire. Je suis seulement heureux qu’ils pointent ici un abus et qu’ils m’aident d’une manière simple et directe à reconsidérer une idée reçue, et considérée par trop de critiques comme une idée acquise.

Une parenthèse si vous le permettez. Je viens de terminer de visionner les films pour Cannes. C’était épuisant. Je sélectionne des films depuis 3 ans maintenant, 2 ans à la Semaine de la critique, et cette année pour l’officielle. C’est toujours la même histoire : un début tout doux, une accélération assez brusque et un finish digne d’un marathon. L’épuisement ne serait pas aussi désagréable s’il ne s’accompagnait pas d’une certaine lassitude. Quel bilan puis-je tirer cette année ?
D’abord un constat : peu de films parmi les longs-métrages étrangers vus tiennent vraiment la longueur, et les quelques-uns sortant du lot sont relativement fragiles. Fragiles et précieux. Il me semble que de plus en plus de jeunes réalisateurs versent dans un cinéma épuré et silencieux, sagement inquiétant ou simplement muet. Dur de défendre entièrement ces films, puisqu’ils restent fragiles plutôt que durs, pleins et entiers. Ces films travaillent sur le vide, et les figures de l’évidemment : distance dans les paysages, creux dans le visage, blancs entre les personnages. Des films en négatif, qui resplendissent par ailleurs, mais ne travaillent pas la matière, ni le corps, ni le verbe, mais juste - et à peine - la pellicule.
Alors bien sûr les rares qui s’aventurent de ce côté et se risquent à saisir ce qui dans la pellicule prend corps, ceux-là attestent non pas d’un goût ni même d’un art du cinéma mais du fait que ce dernier leur est nécessaire.
Un sentiment étrange suit le plus souvent ces mois de sélection. Le plaisir énorme que j’ai de voir ou revoir des films français. L’étoile violette il y a deux ans, alors que je rentrais d’une journée de projection harassante, m’avait bouleversé. Hier soir, le premier film français (Va Savoir de Rivette) sans doute depuis au moins un mois et demi : un émerveillement. J’ai le sentiment étrange - suscité par Lady Chatterley - qu’il y a quelque chose dans le cinéma Français que je ne saurais saisir, qui tient à la langue et à la manière dont les réalisateurs se l’approprient, pour en faire un jeu, pour en faire un drame. Pourquoi parle-t-on du génie d’une langue, et pourquoi le cinéma Français s’en fait-il si bien l’écho ? Je parviens mal à formuler cette question, et encore moins à y répondre. Mais je dois dire qu’elle me préoccupe de plus en plus. Le fait que je sois venu au cinéma en partie par Truffaut mais aussi par Dreyer n’est sans doute pas un hasard.
Deuxième chose : je repense au dernier Lynch. Je le défends complètement, en dépit de ses innombrables défauts. Il évoque pour moi à de nombreux égards le 2046 de Wong Kar Wai. Mêmes exténuations d’une forme déjà éprouvée dans d’autres films passés. Inland Empire est à Mulholland Drive ce que 2046 est à In the mood for love. Et je discerne dans ces deux parcours l’indice d’une nécessité. La même à vrai dire que celle dont témoignent les premiers films dont je parlais plus haut. La forme exténuée n’est plus tout-à-fait une forme mais plutôt l’oripeau d’une forme qui avoue son fondement. Pourquoi il faut défendre absolument ces auteurs : parce que ces formes d’exténuations sont la plus belle marque d’amour faite au cinéma et au-delà de lui aux corps et aux hommes.

Voilà un festival ambitieux, au design flamboyant et aux belles intentions. Au programme pour l’appel à créations, 4 catégories : Short films, music video, look at me, first hand capture. A noter la présence d’”educational partners”. Je ne sais pas si ce genre de partenaires est une spécialité anglo-saxonne, mais il est certain que les festivals français feraient bien de s’en inspirer. Il suffit de voir l’immense travail réalisé par Clermont-Ferrand pour comprendre le rôle que peut avoir un festival dans le domaine de l’éducation à l’image.

Le cameraphone a une propension naturelle a filmer l’intime, cela on le sait depuis belle lurette. Capter un secret, traduire une humeur, une idée, une impression, dire quelque chose ou presque rien : l’intime se laisse désirer et échappe alors même qu’on croit le livrer. Ici, c’est plus simple, le but est de se présenter et d’illustrer en deux temps trois mouvements son rapport au design. C’est drôle et percutant. Pour les regarder c’est ici ici.

Hier j’ai vu le concert à emporter d’Arcade Fire, aujourd’hui Sketches from a nightmare, la vidéo rapportée d’ATP. Le gamin excelle dans les formes courtes et longues, et fait preuve d’une bonne dose de malice en prenant le contrepied de nos attentes. Courtes, ses vidéos sont erratiques et dans le même temps solidement attachés à des situations, des espaces, des volumes. Longues, elles prennent les temps de souffler, jouent de la fulgurance comme de la pause, bref s’envisagent comme une suite jamais achevée de petits miracles et de grands recueillements.
Si l’on entre dans les détails, on remarque plusieurs choses. D’abord cette absence de liens assez frappante des images, des mots et des sons entre eux. C’est que rien dans tout ça n’est vraiment articulé, et que Vincent avance plutôt de la matière que des propositions. C’est ça sa méthode : asséner des blocs d’images plus ou moins finis dans l’espace et le temps. Arcade Fire / 1ére séquence : la scène du monte charge. Plan-aquarium s’il en est, qui nous ramène bien sûr aux mythes bibliques et aux figures initiales de la famille. Arcade Fire / 2nde séquence : la communauté se révèle, étendue à perte de vue, dans la salle inondée. Le cadre, en renonçant à ses limites, prolonge et déborde l’idée esquissée dans la première séquence. En deux temps trois mouvements, tout prend forme, ou plutôt est informé par la musique, qui structure tout de part en part. Les concerts à emporter, c’est ça : d’où part la musique, son origine, sa gueule, son partage.
ATP est plus casse-gueule, car la musique vient de toute part, empiète sur les plans et les hante littéralement. Plus subtil aussi, à force d’avancer par contre-points, de faire coexister tonnerre et underacting, cris triomphants et corps inertes. Il y a du flux et du reflux, et force est de constater qu’on se sent bel et bien empêtré dans une matière. Mais quoi au juste ? Ce qui ne cesse d’apparaitre et de disparaitre, de vaciller et d’éblouir. Ce qui existe dans l’image, saute aux yeux alors même qu’on n’en soupçonnait pas la présence. La lumière. La pate de Vincent, ce qu’il appellerait je ne sais pas quoi, sa touche gonzo ou peut-être même son art pauvre, sans complexe ni prétention, c’est ce grain dv de malade, qui passe toute la lumière au tamis à force d’étalonnage. Vincent Moon concrétise, cela veut dire qu’il monte des blocs tout troués de lumières. Que la lumière lui il la coupe, il la presse, il la palpe. Que la formule unique de son cinéma consiste dans cette proposition, a priori simpliste, mais au final trés forte : concrétiser. C’est une des lubies de la DV depuis une décennie des premiers Lars Von Trier au dernier Lynch. Rien donc d’original. A cela prés qu’ici “concrétiser” veut dire aussi (re)composer avec des formes jusqu’à présents invisibles, dans lesquelles il s’agit de sculpter. Concrétiser, c’est donc ça : rendre non pas concret mais présent, en retranchant l’invisible au visible. Ca a l’air un peu con ou compliqué dit comme ça, en fait c’est juste de la sculpture. On prend un bloc et on le travaille. A bloc.
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