Temps de flottement
Mes billets se font rares ces temps-ci. Il faut dire que ce blog va bientôt migrer vers de nouveaux horizons, et être intégré à une plateforme de blogs dédiés au cinéma. Je suis impatient de vous la présenter.
Mes billets se font rares ces temps-ci. Il faut dire que ce blog va bientôt migrer vers de nouveaux horizons, et être intégré à une plateforme de blogs dédiés au cinéma. Je suis impatient de vous la présenter.
Je sais, cela peut paraître dérisoire, mais je tenais juste à rendre hommage au Vauban.
J’ai passé en tout et pour tout 12h à Brest. Je n’y ai rien vu, si ce n’est quelques courts-métrages et cet hôtel, dont je me souviendrais longtemps !
Si vous passez par Brest un jour, allez goûter ne serait-ce que quelques heures la poésie désuette des lieux, et n’hésitez surtout pas à visiter son night club, de tout premier ordre !

Je serai à Brest le 15 novembre prochain, pour une conférence organisée dans le cadre du festival, qui aura lieu de 17 à 19h.

On le doit à Nokia et Reuters, qui l’ont conçu sur mesure pour ces chanceux de journalistes.
Mémoire vive avait dans ce domaine été pionnier, et notamment inspiré les Blogtrotters.
Le meilleur toutefois n’est pas à attendre de la part de nos amis les journalistes. Comme les faits le montrent depuis quelques années, ce sont les citoyens vlogueurs et les artistes qui montrent la voie.

Ces quelques jours passés à Reykjavik furent comme je m’y attendais inoubliables. De belles découvertes musicales, de jolies rencontres, et toujours ce pays qui me fascine. Décidément.
Un grand merci au festival de Reykjavik pour son accueil et sa confiance.
Courageux ce premier festival, initié par quelqu’un qui n’a plus rien à prouver et qui pourtant s’aventure dans de nouvelles contrées.
Hasardeux aussi, tant les pistes sont indéfinies et traversent des contrées aussi différentes que celles de l’économie, du journalisme et du cinéma.
Comment dans ce cas faire en sorte que les discours communiquent entre eux, si les références mais également les valeurs sont différentes. Si chacun à sa petite idée sur le sujet, ou pire n’en a aucune et avance à vue, sans prendre la peine de remettre en cause les valeurs qu’il défend ou les mots qu’il utilise ?
Je le dis sans provocation, mais en sachant bien que cela dérangera. Il faut tirer de ce festival 2 leçons : la nécéssité d’annuler la distinction entre journaliste et amateur d’une part, et entre documentaire et fiction de l’autre.
Ces idées viennent du cinéma, qui est bien plus sage et finalement lucide sur ces questions. Parce qu’il respecte et aime surtout ce qui est filmé au point de ne pas faire la différence entre le vrai et le faux. Parce que pour lui le monde est un et indivisible. Parce qu’il est le point ultime de la mimésis, qu’il dépasse.
Et il serait bien temps qu’à la faveur des nouvelles images, la réflexion les entournant - fût-elle intiée par la télévision - prenne acte de cela et se replonge dans la littérature contemporaine. On y trouve en effet, de Debord à Baudrillard, des idées éclairantes pour penser les médias et leurs nouvelles images. La notion de simulacre notamment permet de dépasser sur un autre terrain les termes et les idées échangées durant le festival.
Simulacre. Du latin simulacrum « statue, fantôme, représentation mnémotechnique des objets, portrait moral »
1. (Lucrèce). Émanation des réalités matérielles saisies par la vision. Image dégagée en permanence par la pellicule superficielle des corps parfois si ténue que seule l’imagination ou la pensée peut les saisir. Assemblage d’atomes s’échappant des objets qui viennent frapper nos organes sensibles, ou qui, en leur échappant par leur légèreté, se combinent dans nos rêves.
2. Représentation d’une personne, d’une chose en tant qu’elle n’est qu’une représentation pas la chose elle-même.
3. Imitation trompeuse donnée pour la chose même.
4.Apparence qui n’a pas les propriétés d’une réalité.
5.Image matérielle d’une divinité. Idole.
6. (Couramment). Faux-semblant, caricature, parodie, comédie dans l’intention de tromper. Simulacre de justice.
Nous n’avons vu au cours de ce festival, que des “imitations trompeuses données pour la chose même”. Mais notre quotidien est fait de ces imitations, qui le saturent de part en part. Au réel se substitue le jeu des simulacres, tel que Baudrillard l’entend.
Dans ce contexte, le journaliste doit se poser une question simple. Que peuvent les nouvelles images ? Doivent-elles ajouter au bruit ambiant, et se contenter de produire des images qui prétendent construire le réel. Ou plutôt envisager d’autres pistes, en reconnaissant que l’approche journalistique du réel est trop fragile pour ne pas être questionnée et révolutionnée.
Alors on se demandera si le journalisme a bien encore lieu d’être, et si l’on ne ferait pas mieux finalement de passer à d’autres mots, à d’autres formes, à une autre éthique enfin, plus rigoureuse et plus honnête.
J’ai parcouru en préparation du festival des 4 écrans toutes ces images dites “du réel”, prises sur le vif lors d’évènements ou d’accidents. Bon nombre d’entres elles sont réalisées avec des portables, coupées, remontées et diffusées sur plusieurs plateformes par plusieurs personnes. Il leur arrive d’être détournées au service d’un message ou d’une cause, travesties et vidées de leurs sens.
Ces vidéos brutes au début ne disent rien, et se présentent comme des documents de travail. Elles n’ont pas d’origine, et valent finalement comme autant d’images de surveillance. Elles attestent de ce qui s’est passé.
Leur statut de preuve en fait des pièces à conviction, mais on ne sait exactement pour ou contre qui, ni même pour quoi au juste. Faute de détournements ou de commentaires, ces images ne parlent pas comme le font les actualités. D’elles transpire une sorte de violence sourde, qui ne dit rien de particulier, parce qu’elles impliquent la foule.
La foule reprend ses droits, dans les métros, mais aussi sur Internet. Elle s’échange des images sur elle-même, qu’elle travaille et sculpte comme un gros cube de terre glaise. Elle le pétrit, elle se pétrit, pour mieux se mettre en scène et sans doute faire valoir son droit à l’image. Elle se contemple et déjà s’interroge sur ce qui la reflète. Elle se demande si ces images serviront un jour, à témoigner ou à avancer.
On dit “la banlieue s’exprime”, mais ces images n’expriment que du bruit. Elles disent en creux une incapacité à dire, et constituent à cet égard l’exact inverse d’un message. Elles destituent ce qui est vu et le ramène à l’état de chose. L’image fait écran. Elle devient un point aveugle, un endroit à partir duquel on ne peut plus regarder notre société, ni en parler.
A propos de ces images du réel, qu’elles soient filmées à la volée ou par une caméra du surveillance, ce proverbe soufiste :
« l’œil n’est pas capable de se voir lui-même »
Je ne l’ai pas annoncée et elle s’est faite en douceur : la séparation entre les films de poche et les films tout court. Car il m’a semblé que ce que j’avais à dire sur le cinéma réclamait une place à part, qui existait déjà depuis quelques temps. Alors voilà. Je livre dans Délire critique mes petits états d’âmes sur le cinéma. Au programme ces deux dernières semaines, le cinéma moderne et sa prétendue actualité, et Isou, dont la disparition est passée inaperçue.

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